À retenir
- L’Arcom et le CNC publieront cet hiver une étude sur le modèle économique de YouTube, a annoncé Martin Ajdari le 18 septembre 2026
- Le président du régulateur demande de reconsidérer l’abattement d’assiette des plateformes de partage, qui « n’a plus aujourd’hui sa justification initiale »
- Chaînes et plateformes ont investi 1,6 milliard d’euros dans la création en 2025, dont 1,2 milliard pour l’audiovisuel
- Le marché publicitaire télévisé, au-dessus de 3 milliards d’euros, tomberait sous 2,5 milliards en 2030
Au sommaire
YouTube fera l’objet cet hiver d’une étude conjointe de l’Arcom et du Centre national du cinéma et de l’image animée, consacrée à son modèle économique et à sa contribution au financement de la création française. L’annonce figure dans l’intervention de Martin Ajdari mise en ligne par l’Arcom, prononcée le 18 septembre 2026 en conclusion du Grand Débat du Festival de la fiction de La Rochelle.
Martin Ajdari confirme une étude Arcom-CNC sur le modèle économique de YouTube
La formule est explicite. « Avec le CNC, nous avons d’ailleurs lancé et publierons cet hiver, une étude qui traitera du modèle économique de YouTube », déclare le président de l’Arcom devant les professionnels de la fiction réunis à La Rochelle.
Le calendrier annoncé est l’hiver 2026-2027, sans date plus précise. La plateforme ne figure pas dans les bilans annuels du soutien à la création publiés par l’Arcom, qui recensent les investissements des chaînes et des services de vidéo à la demande.
Cette absence tient à une frontière réglementaire. YouTube relève des plateformes de partage de vidéos, et non des services de médias audiovisuels à la demande, seuls soumis au décret qui impose d’investir une part du chiffre d’affaires français dans la création — celui-là même qui encadre les investissements de HBO Max jusqu’en 2027.
L’abattement d’assiette « n’a plus aujourd’hui sa justification initiale »
Martin Ajdari va plus loin qu’un simple état des lieux. Il appelle à « reconsidérer l’abattement d’assiette dont elles bénéficient, qui n’a plus aujourd’hui sa justification initiale », en visant les plateformes de partage de vidéos.
L’abattement en question réduit la base sur laquelle est calculée la taxe assise sur les recettes publicitaires de ces services, taxe affectée au Centre national du cinéma et de l’image animée. Le remettre en cause reviendrait à augmenter ce que YouTube verse au financement public du cinéma et de l’audiovisuel français.
Le président de l’Arcom rattache cette demande à la révision à venir de la directive SMA, qu’il souhaite voir « préserver l’intégration des services de vidéo à la demande ».
YouTube a dépassé la BBC en audience au Royaume-Uni en août 2026
L’argument d’audience ouvre la démonstration. « YouTube a même dépassé la BBC en audience au Royaume-Uni au mois d’août 2026 », relève Martin Ajdari, qui constate que les audiences vidéo, « y compris sur le poste de télévision, sont désormais en concurrence directe avec les plateformes de partage, YouTube en tête ».
Le régulateur prend soin de ne pas désigner un coupable. « YouTube n’est pas LE problème ; c’est un acteur, dont la contribution à la société est positive », dit-il, avant d’ajouter qu’il s’agit d’« un acteur disruptif, par son effet systémique, pour notre exception culturelle ».
Le marché publicitaire télévisé passerait sous 2,5 milliards d’euros en 2030
Les deux courbes que décrit l’Arcom expliquent l’urgence affichée. Le marché publicitaire de la télévision, aujourd’hui supérieur à 3 milliards d’euros, reviendrait à moins de 2,5 Md€ en 2030, quand les plateformes américaines, qui ont versé 525 millions d’euros en 2025, dépasseraient alors 40 % du total investi dans la création.
Ce basculement est déjà engagé : Netflix est devenu le premier financeur privé de la production française avec 308 millions d’euros, pendant que les chaînes reculent de 8 %. Le service public, lui, doit trouver 90 millions d’euros d’économies en 2027.
Au total, chaînes et plateformes ont consacré 1,6 milliard d’euros à la création en 2025, dont 1,2 milliard pour l’audiovisuel — la fiction en captant 70 %. L’ensemble progresse de 2 % sur un an et de 30 % depuis 2019, mais cette croissance repose de plus en plus sur des acteurs que la réglementation française atteint mal.
























