- Le jeudi 22 octobre, l’Arcom a adressé un courrier aux éditeurs de télévision et de radio pour demander « la plus grande vigilance » dans la couverture des troubles survenus depuis le 17 octobre ; elle dit avoir engagé l’instruction de plusieurs séquences, sans nommer de chaîne.
- En sept jours, France 2 a reconnu un manque de contexte dans son reportage du 18 octobre puis s’est excusée pour deux erreurs sur Limoges ; CNews s’est excusée le 24 octobre pour des images d’Albanie présentées comme un direct à Paris.
- Aucune décision de l’Arcom sur ces séquences n’est connue, ni aucune échéance ; une sanction financière suppose en principe une mise en demeure préalable.
- Le courrier ne crée aucune règle nouvelle, mais le décret du 20 octobre impose à l’audiovisuel public une charte éditoriale, avec une procédure de plaintes attendue au premier trimestre 2027.
Au sommaire
- Le courrier du 22 octobre ne nomme aucune chaîne
- France 2 : douze minutes d’images brutes, puis des excuses sur Limoges
- CNews : une affirmation sur des armes démentie, puis des images d’Albanie
- Les reporters, premières cibles : au moins douze agressions recensées par RSF
- Acrimed et la Fondation Jean-Jaurès mesurent le temps d’antenne de la violence
- Six séquences en sept jours : qui a réagi, et quand
- Ce que la lettre de l’Arcom change pour vous
- Ce qui se joue d’ici le premier trimestre 2027
Le courrier de l’Arcom du 22 octobre a l’allure d’un rappel général, mais il tombe au milieu d’une semaine où deux chaînes ont dû reconnaître des erreurs à l’antenne. Il ne nomme personne, et c’est le point à surveiller : la liste des séquences instruites reste inconnue.
Ce qui s’est vu, du 18 au 24 octobre, ce sont des correctifs décidés par les éditeurs eux-mêmes, pas des sanctions du régulateur. L’écart entre les deux mesure la marge dont disposent encore les chaînes avant que l’Arcom ne tranche.
Le courrier du 22 octobre ne nomme aucune chaîne
Décidé en collège plénier le mercredi 21 octobre, le texte vise les manifestations et les troubles à l’ordre public depuis le 17 octobre, comme le détaille le communiqué de l’Arcom. L’autorité y salue le travail des journalistes qui couvrent les rassemblements dans des conditions de sécurité précaires et condamne les intimidations et les agressions dont certains ont été victimes.
Elle rappelle ensuite que les chaînes doivent maîtriser à tout moment leur antenne, notamment lorsque des propos discriminatoires ou portant atteinte aux droits des personnes sont tenus. Elle dit avoir été saisie de nombreuses fois et avoir engagé l’instruction de plusieurs séquences.
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Ces instructions peuvent conduire à des interventions auprès des éditeurs, voire à des sanctions. L’Arcom se réserve aussi de signaler au procureur de la République les propos pénalement répréhensibles tenus à l’antenne, et suit les réseaux sociaux avec le gouvernement et la Commission européenne.
À notre connaissance, l’autorité n’a précisé ni les séquences visées, ni la date de ses décisions. Le texte ne relie aucun de ses points à un reportage précis ; nous avons détaillé son contenu dans notre article du 22 octobre.
France 2 : douze minutes d’images brutes, puis des excuses sur Limoges
Le dimanche 18 octobre, le 20 Heures de Laurent Delahousse a diffusé un reportage en immersion intitulé « Au cœur des violences », consacré aux heurts de la veille. La CGT de France Télévisions y compte douze minutes d’images de casse et affirme que la voix de la journaliste n’intervient qu’après quatre minutes.
Le 20 octobre, le syndicat a réclamé la démission de toute l’équipe du journal, parlant d’un « clip de propagande ». La CFDT n’a pas demandé de départ : elle a annoncé qu’elle porterait les points contestés devant la commission d’éthique.
Le président de la Société des journalistes, Valéry Lerouge, a parlé à Télérama d’un « dérapage, total et non contrôlé » et dit n’avoir pas le souvenir d’un précédent. Dans un texte publié sur franceinfo, Philippe Corbé, directeur de l’information de France Télévisions, a reconnu : « Nous aurions dû être plus clairs », en contextualisant davantage.
Le directeur de l’information admet que le bandeau, le montage et le commentaire auraient dû apporter plus d’éléments aux téléspectateurs. À notre connaissance, aucune décision sur la composition de l’équipe n’a été annoncée ; le détail figure dans notre article sur la polémique.
Mardi 20 octobre, le même journal a diffusé un sujet sur un suspect de l’incendie de la mairie de Limoges. Le lendemain, le compte du 20 Heures a reconnu deux erreurs : un ami du suspect avait été présenté comme le maire de Val-d’Issoire, et la condamnation du suspect concernait des violences contre un policier, non des dégradations. Nous ne nommons pas le suspect, qui reste présumé innocent du chef de l’incendie ; voir notre article sur ces excuses.
Les deux épisodes ne se confondent pas. Le premier porte sur le montage et le manque de contexte d’images réelles ; le second sur des faits inexacts, reconnus comme tels par la chaîne.
CNews : une affirmation sur des armes démentie, puis des images d’Albanie
Le dimanche 18 octobre au soir, une journaliste du JDD a affirmé sur CNews que des émeutiers avaient été vus avec des kalachnikovs et des pistolets-mitrailleurs à Paris, Lyon et Marseille, en citant des sources à la DGSI. Le lendemain, le service de renseignement a démenti auprès de Libération : « C’est complètement faux ».
La journaliste, jointe par le même journal, a maintenu ses informations. Les bilans publics du parquet de Paris, 855 interpellations le samedi, ne permettent pas d’établir la présence d’armes de guerre, et ni CNews ni le JDD n’avaient réagi au démenti à notre connaissance ; voir notre article du 19 octobre.
Des internautes ont annoncé saisir l’Arcom ; à notre connaissance, l’autorité ne s’est pas exprimée sur cette séquence, et rien ne dit qu’elle figure parmi celles qu’elle instruit. Le détail est dans notre article du 24 octobre.
La chaîne est déjà connue du régulateur, mais pour d’autres motifs : mise en demeure sur le pluralisme le 12 juin, amende de 200 000 euros le 24 juillet, que nous avons replacées dans notre analyse du 11 octobre. Ces procédures ne portent sur aucune des séquences de la semaine.
Les reporters, premières cibles : au moins douze agressions recensées par RSF
Dans un état des lieux publié le 9 octobre, Reporters sans frontières recense au moins douze journalistes agressés entre le 29 septembre et le 8 octobre, lors des mobilisations étudiantes et lycéennes. Six l’ont été par des manifestants ou des tiers, six par les forces de l’ordre.
Pour l’organisation, « frapper un journaliste, le menacer ou détruire son matériel porte gravement atteinte à la liberté de la presse ». Ce décompte précède le 17 octobre : il situe le contexte dans lequel le courrier de l’Arcom a été rédigé.
Le 18 octobre, CMA Média a dénoncé des « attaques intolérables » contre ses équipes lors de la journée de la veille : une journaliste de BFMTV blessée au dos à Nantes en résistant pour garder son matériel, une équipe parisienne contrainte d’arrêter son reportage sous la menace, un photographe de son quotidien marseillais agressé et menacé d’une arme.
Le matin du 17 octobre, le siège de CNews et d’Europe 1 avait aussi été visé par des individus cagoulés ; la préfecture a fait état de 21 interpellations. La sécurité des équipes et la qualité de l’antenne sont deux sujets distincts, que le courrier de l’Arcom traite dans le même texte.
Acrimed et la Fondation Jean-Jaurès mesurent le temps d’antenne de la violence
La polémique du 18 octobre prolonge une critique plus ancienne. Un relevé d’Acrimed, association de critique des médias, publié le 2 octobre, porte sur les journaux de 13 heures et de 20 heures de France 2 du 28 septembre au 1er octobre : sur onze sujets, soit 24 minutes et 53 secondes, les violences occupent 19 minutes et 26 secondes, soit 78 % du temps d’antenne.
Les revendications des lycéens totalisent 1 minute et 56 secondes, soit 8 %, et les accusations de violences policières 47 secondes. Le 16 octobre, 780 élèves de quinze écoles de journalisme ont signé une tribune qui s’appuie sur ce relevé : « Nous ne voulons pas de ce journalisme » ; voir notre article sur cette tribune.
Une note de la Fondation Jean-Jaurès, signée Matthieu Deprieck et publiée le même jour, nuance le tableau sur une période plus longue. Pour la période du 28 septembre au 8 octobre, la part du champ lexical de la revendication passe sur France 2 d’environ 20 % à 35 %, quand elle reste autour de 15 % sur TF1 et sur M6.
Le premier sujet consacré aux revendications est passé sur M6 le 1er octobre, sur France 2 le 2 octobre et sur TF1 le 7 octobre. L’auteur signale les limites de la méthode, une analyse automatisée sur dix jours, et n’en tire aucune lecture politique.
Les deux mesures ne se contredisent pas : elles ne portent ni sur les mêmes jours ni sur les mêmes indicateurs. Aucune des deux ne couvre le reportage du 18 octobre, postérieur à leurs périodes.
Six séquences en sept jours : qui a réagi, et quand
Le tableau reprend les séquences de la semaine qui ont donné lieu à une réaction publique, dans l’ordre de leur diffusion.
| Date | Éditeur | Séquence | Suite |
|---|---|---|---|
| Dim. 18 oct. | France 2 | Reportage « Au cœur des violences » | Corbé reconnaît un manque de contexte |
| Dim. 18 oct. | CNews | Armes de guerre attribuées à la DGSI | Démenti de la DGSI le lendemain |
| Lun. 19 oct. | LCI | Échange tendu avec une députée | Éditorialiste écartée une semaine |
| Mar. 20 oct. | France 2 | Sujet sur un suspect à Limoges | Excuses le mercredi 21 octobre |
| Sam. 24 oct. | CNews | Images d’Albanie présentées comme un direct | Excuses à l’antenne vingt minutes après |
| Sam. 24 oct. | BFMTV | Interview d’Éric Zemmour à 21 h | Annulée, sans motif officiel connu |
Dans quatre cas, la correction ou la sanction est venue de l’éditeur lui-même : France 2 à deux reprises, LCI, et CNews pour l’Albanie. Pour les armes attribuées à la DGSI, aucune réaction de la chaîne ni du JDD n’était connue ; l’interview de BFMTV a été annoncée comme annulée par la Société des journalistes de la chaîne, la direction n’avançant aucun motif.
L’éditorialiste de LCI, Isabelle Saporta, a été écartée d’antenne pour une semaine après un échange avec la députée Prisca Thévenot, selon Télérama. Cet épisode relève de la discipline interne, non de la régulation.
L’Arcom, elle, n’intervient qu’après la diffusion. Elle visionne l’extrait, dialogue avec la chaîne, puis agit de façon progressive : rappel réglementaire, lettre d’avertissement, mise en demeure. Une sanction doit en principe être précédée d’une mise en demeure et peut atteindre 3 % du chiffre d’affaires hors taxes, 5 % en cas de récidive.
Ce que la lettre de l’Arcom change pour vous
Pour les téléspectateurs et les auditeurs
La lettre ne crée aucune règle nouvelle : elle rappelle des obligations qui existaient déjà. Les suites éventuelles ne seront connues que par les décisions que l’Arcom rendra publiques.
Tout public peut en revanche signaler une séquence avec le formulaire « Alerter sur un programme ». Il faut y indiquer la chaîne, la date et l’heure de diffusion, le nom de l’émission et le motif, avec un seul sujet par demande ; sans ces éléments, la plainte ne peut pas être examinée.
Pour l’audiovisuel public, le décret n° 2026-971 du 20 octobre, paru au Journal officiel du lendemain, impose à France Télévisions, à Radio France et à France Médias Monde une charte éditoriale publique et une procédure de traitement des plaintes. L’Arcom a situé au premier trimestre 2027 la mise en œuvre des réclamations, et au premier semestre 2027 la première étude annuelle sur la perception de l’impartialité ; voir notre article sur le décret.
Pour les journalistes et les rédactions
Le courrier met en avant le rôle des rédactions professionnelles, qui fournissent une information vérifiée et mise en contexte. Il intervient alors que les équipes de terrain décrivent des agressions et que les directions de l’information reconnaissent des défauts de contexte.
Le décret renforce aussi les comités d’éthique de l’audiovisuel public et formalise le rôle des médiateurs des antennes. Côté responsabilité, le Conseil d’État a retenu en novembre 2025 la maîtrise de l’antenne dans une décision sur une sanction de l’Arcom : la lettre de l’Arcom reprend cette notion, sans l’appliquer à un cas.
Ce qui se joue d’ici le premier trimestre 2027
Aucune échéance n’est connue pour les séquences instruites par l’Arcom. Suivant la gravité retenue, la réponse peut aller d’une simple intervention auprès de l’éditeur à une mise en demeure, avec un éventuel signalement au procureur pour les propos pénalement répréhensibles.
Chez France Télévisions, aucune décision sur l’équipe du 20 Heures n’a été annoncée. Comme pour la suspension décidée par LCI, la réponse vient de l’intérieur des groupes, avant tout verdict du régulateur.
Pour l’audiovisuel public, l’échéance est fixée : les procédures de réclamation au premier trimestre 2027, l’étude annuelle sur l’impartialité au cours du premier semestre. La date d’adoption de la charte éditoriale n’a pas été donnée à notre connaissance.
Entre-temps, les mobilisations continuent et les chaînes d’information couvrent chaque week-end de manifestation en direct. Le courrier du 22 octobre leur rappelle ce que cet exercice exige ; l’erreur d’images du 24 octobre est survenue deux jours après son envoi.










