À retenir
- Une photo d’un couple âgé en sous-vêtements, présenté comme dépouillé à Paris le 17 octobre, a été vue près d’un million de fois sur X
- Le détecteur SynthID de Google la classe parmi les images générées ou modifiées par l’IA Gemini, selon CheckNews
- La main gauche de la femme ne compte que quatre doigts et une silhouette semble porter deux têtes sur un seul corps
- Le SCSI, syndicat des officiers et commissaires de police, figure parmi les comptes qui ont relayé le cliché
Au sommaire
La photo d’un couple d’octogénaires en sous-vêtements, censé avoir été dépouillé à Paris en marge du mouvement du 17 octobre, a été fabriquée ou retouchée avec l’intelligence artificielle. C’est la conclusion de CheckNews, le service de vérification de Libération, dans une vérification publiée dimanche 18 octobre.
Mise en ligne sur X le même dimanche, l’image a approché le million de vues. De très gros comptes l’ont reprise, tout comme le SCSI, l’organisation syndicale des officiers et commissaires de police.
Le détecteur SynthID de Google repère la trace de Gemini
CheckNews a soumis le cliché à plusieurs outils de détection reconnus. Tous pointent vers une fabrication.
Le plus parlant est SynthID Detector, conçu par Google. Il lit un filigrane invisible à l’œil nu, inséré dans les images que produit ou retouche Gemini, l’IA de l’entreprise, et il a reconnu cette marque sur la photo.
Quatre doigts, deux têtes et un plot inconnu à Paris
Un simple zoom suffit à faire apparaître les défauts.
La main gauche de la femme n’a que quatre doigts, dont un pouce hors de proportion. Sur la gauche de l’image, une silhouette paraît dotée de deux têtes pour un seul corps.
Le décor cloche aussi : le plot visible en bas à droite ne correspond pas au mobilier urbain parisien, relève CheckNews. Mains, visages et éléments de rue sont ici les zones qui ont trahi le montage.
Dominique Rizet avait évoqué l’agression samedi soir sur BFMTV
Le récit a précédé l’image. Samedi 17 octobre en début de soirée, Dominique Rizet, consultant police-justice de BFMTV, avait fait état d’un couple âgé dépouillé place de la République, en s’appuyant sur des informations venues de policiers.
Aucune confirmation officielle de cette agression n’était disponible dimanche : la préfecture de police de Paris ne l’avait ni confirmée ni démentie.
La nuance compte. Le caractère fabriqué de la photo ne dit rien de la réalité des faits rapportés samedi : il établit seulement que l’image qui les illustrait n’est pas un document.
Le compte X à l’origine de la diffusion, situé en Israël d’après les informations affichées par le réseau social, n’avait pas répondu aux questions de Libération.
Le week-end du 17 octobre, terrain fertile pour les fausses images
Le cliché a circulé au lendemain d’une journée marquée par des pillages et des violences dans plusieurs villes, détaillés dans notre article sur les plus de 500 000 manifestants revendiqués par la CGT.
Les suites politiques ont été lourdes : le ministre de l’Intérieur a présenté sa démission, une décision que Emmanuel Macron a refusée à Laurent Nuñez.
Dans ce climat, une image choc partagée par un syndicat de police gagne une crédibilité immédiate. C’est précisément ce qui a permis à ce faux de toucher un public aussi large en quelques heures.






























