À retenir
- Quatre fédérations de l’énergie ont cessé le travail ce mardi 15 septembre pour défendre le tarif agent
- L’avantage couvre 140 000 salariés et 160 000 retraités des industries électriques et gazières
- La Cour des comptes chiffre le dispositif à 733 millions d’euros en 2024 et recommande son extinction
- Aucun projet d’arrêté n’a été soumis à consultation, indique l’intersyndicale de la branche
Les quatre fédérations syndicales des industries électriques et gazières ont appelé leurs agents à cesser le travail ce mardi 15 septembre, avec des rassemblements à Toulouse, Paris, Lyon, Marseille, Nantes et Strasbourg. Au cœur du conflit : le tarif agent, cet accès à l’électricité et au gaz à prix quasi gelé dont bénéficient près de 300 000 ayants droit de la branche, et que le gouvernement envisage de revoir.
FNME-CGT, CFE Énergies, FCE-CFDT et FO Énergie et Mines ont signé le même appel
Les quatre organisations représentatives du secteur ont cosigné un tract commun, configuration rare dans une branche où l’intersyndicale se fissure vite. Des débrayages avaient déjà commencé la veille sur des sites de production, dont la centrale de Flamanville.
La FNME-CGT présente le tarif agent non comme un privilège mais comme une contrepartie salariale différée, liée aux astreintes et aux interventions d’urgence. La fédération avance des salaires d’embauche inférieurs de 15 à 20 % à ceux du privé à poste comparable.
L’avantage est inscrit dans le statut national du personnel des industries électriques et gazières, hérité de la nationalisation d’EDF et de GDF en 1946. Il s’applique aujourd’hui aux agents d’EDF, d’Engie et des entreprises locales de distribution, actifs comme retraités.
La Cour des comptes chiffre le tarif agent à 733 millions d’euros en 2024
Le rapport publié le 17 juillet 2026 par la Cour des comptes a fait basculer le dossier. La juridiction financière y évalue le coût du dispositif à 733 millions d’euros en 2024, après un pic à 1,025 milliard en 2023, l’année de flambée des prix de gros.
Le tarif lui-même n’a pas bougé depuis 1951, selon le même rapport : 0,61 centime par kilowattheure d’électricité et 0,24 centime pour le gaz. Une fraction du tarif réglementé de vente, dont la dernière hausse de 2,5 % est intervenue au 1er août. L’économie peut dépasser 500 euros par an pour les foyers les plus consommateurs.
La Cour relève d’ailleurs une consommation moyenne de 17 900 kWh par an chez les bénéficiaires, contre environ 8 400 kWh pour un ménage français. Elle recommande une extinction progressive, jugeant l’avantage difficilement compatible avec les règles européennes de concurrence.
Aucun arrêté en consultation avant la grève de la fonction publique du 29 septembre
Rien n’a encore été transmis aux instances de la branche : aucun projet d’arrêté n’a été soumis à consultation à ce stade, selon l’intersyndicale. Toucher au tarif agent suppose de modifier le statut des IEG, donc un passage en consultation formelle.
Roland Lescure, ministre de l’Économie, a renvoyé l’examen du sujet à un calendrier social concerté, sans avancer de date. Le dossier arrive dans un exercice budgétaire déjà tendu, alors que Matignon a rouvert les lettres plafonds pour geler les dépenses hors défense.
La prochaine échéance est collective. Une grève de la fonction publique est annoncée le 29 septembre, sur laquelle les fédérations de l’énergie comptent s’appuyer, dans un automne social déjà chargé où les pompiers professionnels avaient appelé à une grande mobilisation de septembre. Restent à confirmer le véhicule juridique retenu et le rythme de l’extinction recommandée.

























