Le magazine Wired a découvert InquiryIQ, un prototype développé par Clearview AI qui transforme un visage identifié en dossier complet : adresse, comptes en ligne, proches. L’entreprise affirme qu’aucune police ne l’a utilisé et qu’aucune sortie n’est prévue en l’état.
À retenir
- Wired a repéré InquiryIQ dans le code public du site de Clearview AI début septembre 2026
- L’outil transforme une correspondance de reconnaissance faciale en dossier complet : adresse, comptes, proches
- Le prototype s’appuie notamment sur un modèle Grok de xAI pour rédiger ces profils
- La CNIL a déjà infligé 25,2 millions d’euros d’amende à Clearview AI depuis 2022
Wired a repéré InquiryIQ dans le code public de Clearview AI
Le magazine américain Wired a mis au jour un prototype resté visible dans le code du site de Clearview AI début septembre 2026.
Baptisé InquiryIQ, l’outil ne se contente pas d’identifier un visage. Il assemble ensuite une fiche complète : adresse, comptes en ligne, proches et entourage de la personne reconnue.
Le système accepte aussi des critères d’âge, de genre ou d’origine perçue, dont l’effet réel sur les résultats reste flou selon Wired.
Clearview AI alimente sa base avec des photos aspirées sur les réseaux sociaux et le reste du web. Elle revendiquait plus de 50 milliards d’images fin 2024, selon le site spécialisé Biometric Update, utilisées par des milliers d’agences de police aux États-Unis.
Ce n’est pas la première fois qu’un projet de ce type refait surface : chez Meta aussi, la reconnaissance faciale dort déjà dans l’application liée aux lunettes connectées.
Le prototype de Clearview AI s’appuie notamment sur un modèle de Grok, l’IA de xAI, pour générer ces dossiers à partir de données glanées sur le web.
Contactée par Wired, Clearview AI affirme qu’aucune police n’a jamais utilisé InquiryIQ et qu’elle n’a aucun projet de sortir la version actuelle.
La CNIL a déjà infligé 25,2 millions d’euros à Clearview AI
En France, Clearview AI n’est pas un inconnu. La CNIL lui a réclamé 20 millions d’euros d’amende dès octobre 2022, pour avoir collecté des photos de visages sans base légale.
Faute de réponse de l’entreprise, l’autorité a ajouté 5,2 millions d’euros supplémentaires en mai 2023, au titre d’une astreinte journalière de 100 000 euros.
Le principe visé était déjà celui d’InquiryIQ : aspirer des visages sur Internet pour nourrir un moteur de reconnaissance, sans consentement des personnes concernées.
Aux États-Unis, les avocats interrogés par Wired pointent un autre risque : une identification erronée, une fois enrichie de ce faux dossier, devient plus difficile à contester devant un tribunal.
L’AI Act interdit ce type d’outil depuis le 2 août 2026
Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, pleinement applicable depuis le 2 août 2026, cible justement la pratique que décrit Wired.
Son article 5 interdit de constituer des bases de données de visages par extraction non ciblée sur Internet ou la vidéosurveillance, un procédé qui vise directement le modèle économique de Clearview AI.
L’identification biométrique en temps réel dans l’espace public reste, elle aussi, interdite en Europe, sauf autorisation judiciaire pour une infraction grave déjà commise.
Clearview AI, déjà écartée de fait du marché européen par la CNIL, n’a annoncé aucun calendrier de déploiement d’InquiryIQ, ni aux États-Unis ni ailleurs.
En France, toute personne qui retrouverait son visage dans une base de reconnaissance faciale non autorisée peut saisir la CNIL pour demander l’effacement de ses données, comme l’y autorise le RGPD.





















