Le 1er mai 1786, le rideau du Burgtheater de Vienne se lève sur Les Noces de Figaro. Wolfgang Amadeus Mozart dirige lui-même l’orchestre et risque tout : son livret, signé Lorenzo da Ponte, transpose une pièce de Beaumarchais que l’empereur Joseph II avait pourtant interdite de scène un an plus tôt.
L’affaire est rocambolesque. Beaumarchais avait écrit Le Mariage de Figaro en 1778, et la pièce, jugée subversive parce qu’elle moquait l’aristocratie, avait fini par être créée à Paris en 1784 après six ans de censure. À Vienne, Joseph II l’avait bannie des théâtres en février 1785. Mozart, lui, voit dans cette comédie le sujet d’opéra dont il rêve. Il convainc Lorenzo da Ponte d’en tirer un livret en italien, expurgé des tirades les plus politiques. Le poète accouche du texte en six semaines.
Le résultat fait scandale et triomphe à la fois. Selon le ténor irlandais Michael O’Kelly, qui chantait dans la production, presque tous les morceaux furent bissés, au point que la représentation dura presque autant que deux opéras. L’empereur, ravi mais pressé, ordonna que dès le lendemain plus aucun morceau ne soit redemandé. Huit autres représentations seront données la même année, avant que l’œuvre ne quitte Vienne pour conquérir Prague, où Mozart écrira l’année suivante un autre chef-d’œuvre, Don Giovanni.
Pourquoi cette première résonne encore en 2026
240 ans plus tard, Les Noces de Figaro reste l’un des opéras les plus joués au monde, programmé chaque saison à Garnier, à la Scala ou au Met. Mais l’enjeu de 1786 dépasse la musique : un compositeur de 30 ans réussit à imposer une œuvre que la cour avait jugée dangereuse, en jouant sur la frontière mince entre divertissement et critique sociale. Une question que la Fête du Travail remettra au centre du calendrier exactement un siècle plus tard, et qui continue d’agiter le monde du spectacle.
La création de Mozart marque aussi un tournant pour la place du compositeur en Europe : un musicien indépendant, vivant de ses œuvres et non d’une charge de cour, capable de tenir tête à un livret jugé séditieux. Une figure que défendra plus tard Alfred Brendel, l’un des plus grands interprètes mozartiens du XXe siècle.
À retenir
- 1er mai 1786, première des Noces de Figaro au Burgtheater.
- Livret de Lorenzo da Ponte d’après une pièce interdite de Beaumarchais.
- Tous les airs bissés selon le ténor Michael O’Kelly.
Sources : Wikipédia (Les Noces de Figaro, 1er mai), Philharmonie de Paris, archives Burgtheater.
