Le 30 avril 1993, le CERN renonçait officiellement à tous ses droits sur le code source du World Wide Web. Un document de quelques lignes signé à Genève, qui a fait basculer Internet dans le domaine public et ouvert l’ère numérique telle que nous la connaissons.
Tim Berners-Lee avait proposé son projet de Web hypertexte au CERN dès 1989. Quatre ans plus tard, l’organisation européenne pour la recherche nucléaire prend une décision dont peu mesurent alors la portée. Le 30 avril 1993, Walter Hoogland, directeur de la recherche, et Helmut Weber, directeur de l’administration, paraphent un document interne adressé « à qui de droit ». Le CERN y abandonne toute propriété intellectuelle sur le code et autorise quiconque à le réutiliser, le modifier, le redistribuer librement.
Une page suffit pour changer le monde
Le texte tient sur une feuille A4. Il libère pourtant l’invention la plus structurante de la fin du XXᵉ siècle. À la même époque, l’université américaine du Minnesota envisage de facturer l’accès à Gopher, son protocole concurrent. Le pari de la gratuité, raconté par Tim Berners-Lee dans son livre Weaving the Web (HarperOne, 1999), va emporter la bataille.
Six mois après l’annonce du CERN, plus de 500 serveurs Web tournent dans le monde. Un an plus tard, ils sont déjà 10 000, pour environ dix millions d’utilisateurs. Sans cette signature, ni Wikipédia, ni les réseaux sociaux, ni les services publics en ligne n’auraient pris la forme qu’on leur connaît.
Une décision qui résonne en 2026
Trente-trois ans plus tard, la même question revient avec l’intelligence artificielle. Les grands modèles seront-ils libres comme le Web, ou verrouillés derrière des licences propriétaires ? Le CERN, qui a célébré l’an dernier les 35 ans du projet de Berners-Lee, rappelle régulièrement la valeur de son geste de 1993.
Cette filiation entre Web ouvert et débats actuels sur l’IA et l’open source explique pourquoi cette date du 30 avril revient chaque année dans les médias technologiques. On peut le mesurer en lisant nos articles consacrés à l’actualité tech récente.
À retenir
- Le CERN libère le code du Web le 30 avril 1993, signé Hoogland et Weber.
- Le document tient en une page et autorise toute réutilisation gratuite.
- Six mois après, 500 serveurs tournent ; un an plus tard, dix millions d’utilisateurs.
