Elle était jeudi en tête du cortège parisien du 1er-Mai, micro à la main, syndicalistes derrière elle. À 44 ans, Sophie Binet incarne un syndicalisme qui ne lâche rien sur la défense du travail, du pouvoir d’achat et de la retraite à 60 ans. Première femme à diriger la CGT en plus d’un siècle, elle s’est imposée en deux ans comme l’une des voix les plus audibles de la gauche sociale française.
Naissance et origines
Sophie Binet voit le jour le 5 janvier 1982 à Metz, en Moselle. Sa mère est assistante sociale, son père Nicolas Binet est urbaniste-géographe : il sera plus tard l’un des artisans de la rénovation des quartiers nord de Marseille. Aucun des deux parents n’a d’engagement syndical ou militant déclaré, mais le quotidien d’une mère confrontée à la précarité sociale familiarise très tôt la jeune Sophie avec les inégalités. La famille s’installe à Nantes lorsqu’elle a une dizaine d’années, et c’est dans cette ville de l’Ouest qu’elle effectue toute sa scolarité.
Formation et débuts militants
Adolescente, elle s’engage dans la Jeunesse ouvrière chrétienne, premier contact avec un militantisme de terrain attaché à la dignité du travail. À l’université de Nantes, elle entreprend des études de philosophie qu’elle conclut en 2004 par une maîtrise. Très vite, le syndicalisme étudiant devient son école : elle rejoint l’UNEF puis sa branche minoritaire Solidarité étudiante, avant de siéger au bureau national de l’UNEF réunifiée. En 2006, elle se fait connaître nationalement comme l’une des figures du mouvement contre le contrat première embauche, qui finira par être retiré par Dominique de Villepin sous la pression de la rue.
Carrière professionnelle
Après ses études, Sophie Binet entre dans l’Éducation nationale comme conseillère principale d’éducation. Elle exerce d’abord dans les quartiers nord de Marseille entre 2008 et 2009, puis dans un lycée professionnel du Blanc-Mesnil, en Seine-Saint-Denis, jusqu’en 2013. Cette expérience sur le terrain, au contact d’élèves issus de milieux populaires, nourrit son discours sur les inégalités scolaires et la précarité.
En 2013, elle quitte l’Éducation pour devenir permanente à la CGT, où elle prend en charge les questions d’égalité femmes-hommes. En 2018, elle accède au secrétariat général de l’Ugict-CGT, l’union des ingénieurs, cadres et techniciens. Le 31 mars 2023, à l’issue d’un 53ᵉ congrès confédéral particulièrement tendu à Clermont-Ferrand, elle est élue secrétaire générale de la confédération. À 41 ans, elle devient la première femme à diriger la CGT depuis sa fondation, en 1895. Sa boussole tient en quatre priorités : pouvoir d’achat, retraites, égalité femmes-hommes et transition écologique et industrielle.
Vie personnelle
Sophie Binet protège sa vie privée. On sait qu’elle partage la vie d’un officier de la marine marchande, dont l’identité n’est pas rendue publique, et qu’un fils est né en 2019. Elle a souvent expliqué vouloir tenir ses proches à distance des projecteurs, considérant que la fonction qu’elle occupe expose déjà suffisamment sa parole publique.
Pourquoi elle fait l’actu aujourd’hui
Ce vendredi 1er mai 2026, Sophie Binet ouvre le cortège parisien aux côtés de Marylise Léon (CFDT) et de Caroline Chevé (FSU). Les autorités attendent près de 150 000 manifestants sur 340 rassemblements partout en France, un chiffre revu à la hausse après les polémiques autour de la tentative de banalisation du 1er-Mai par les macronistes au début du mois d’avril. Dans son discours, la patronne de la CGT salue une mobilisation qui a, selon elle, fait reculer ceux qui voulaient « voler » cette journée aux travailleurs, et appelle de nouveau à l’abrogation de la réforme des retraites adoptée en 2023.
Elle réclame également l’organisation d’une conférence de financement réunissant l’ensemble des partenaires sociaux, idée qu’elle défend depuis le rejet par François Bayrou de tout retour à la retraite à 62 ans. Trois ans après son arrivée à la tête de la CGT, Sophie Binet a transformé la confédération en porte-voix d’un front social qui pèse à nouveau dans le débat public, à un an du début de la campagne présidentielle.
