1er-Mai : les macronistes sabordent leur propre loi

Stéphane Larue
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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Les députés macronistes ont voté ce vendredi 10 avril une motion de rejet de leur propre proposition de loi sur le travail le 1er-Mai. Une manœuvre parlementaire inédite qui provoque la fureur de la gauche et des syndicats.

Coup de théâtre dans l’hémicycle. Alors que les débats sur la loi autorisant certains salariés à travailler le 1er-Mai venaient à peine de s’ouvrir, le groupe Ensemble pour la République a déposé une motion de rejet préalable… sur son propre texte.

La raison invoquée : 140 amendements déposés par la gauche, jugés impossibles à examiner avant la clôture des débats prévue à 17 h 30.

Un vote tactique adopté par 120 voix contre 105

La motion a été adoptée peu avant 11 heures grâce aux voix du bloc central, de la droite et du Rassemblement national. La gauche et le MoDem ont voté contre. Ce dernier s’opposait à la manœuvre procédurale, pas au fond du texte.

En guise de protestation, les députés de gauche ont entonné La Marseillaise puis L’Internationale dans l’hémicycle. Les rappels au règlement se sont multipliés.

La cheffe de file des députés LFI Mathilde Panot a dénoncé un geste comparable à un « 49.3 parlementaire » destiné à empêcher tout débat.

La CGT parle de « coup de poignard »

Devant l’Assemblée, plusieurs dizaines de manifestants s’étaient rassemblés à l’appel de la CGT, de la FSU, de Solidaires et de FO Île-de-France. Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, n’a pas mâché ses mots.

Elle a qualifié cette décision de passage en force contre le monde du travail, estimant que cela se paierait cher. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a rappelé sur TF1 que le 1er-Mai n’est pas un jour férié comme les autres.

Insoumis, socialistes et écologistes ont annoncé leur intention de saisir le Conseil constitutionnel une fois le texte définitivement adopté.

Le texte file en commission mixte paritaire

Conséquence directe de la motion de rejet : la proposition de loi est désormais transmise à une commission mixte paritaire (CMP). Cette réunion entre sept députés et sept sénateurs est prévue mardi 14 avril.

Le texte, déjà adopté au Sénat en juillet 2025, vise à autoriser les salariés de certains commerces de proximité à travailler le 1er-Mai. Boulangeries, pâtisseries, boucheries, fleuristes, cinémas et théâtres sont concernés. La grande distribution reste exclue.

Les salariés concernés seraient payés double et devraient donner leur accord par écrit. Un refus ne pourrait constituer ni une faute ni un motif de licenciement, selon le texte.

Gabriel Attal en première ligne

L’ancien Premier ministre et patron de Renaissance porte ce texte depuis plusieurs semaines. Il a lancé une campagne de communication offensive, affirmant dans une vidéo postée sur X que les boulangers et fleuristes n’avaient pas le droit d’ouvrir le 1er-Mai.

Une affirmation contestée par les syndicats. En réalité, les artisans peuvent déjà ouvrir ce jour-là. C’est l’emploi de salariés qui est interdit, sauf dans certains secteurs comme l’hôtellerie-restauration.

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a confirmé la volonté du gouvernement de faire entrer le texte en vigueur dès le prochain 1er-Mai 2026. Les soutiens du texte tablent sur une adoption définitive dans les jours suivant la CMP.

1,4 million de salariés potentiellement concernés

Selon les estimations de la CGT, 1,4 million de travailleurs pourraient être affectés par cette réforme. Le syndicat conteste la notion de volontariat dans le cadre d’une relation de subordination employeur-salarié.

C’est la troisième fois sous cette législature que le camp présidentiel utilise une motion de rejet tactique sur son propre texte. La même méthode avait été employée pour la loi Duplomb sur l’agriculture en mai 2025.

Les syndicats promettent une mobilisation massive le 1er-Mai, quel que soit le sort réservé au texte par le Parlement.

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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.