Le secteur technologique affiche des profits records tout en supprimant près de 150 000 emplois depuis janvier 2026, au nom de l’intelligence artificielle. Au même moment, une poignée d’initiés de l’IA accumulent des fortunes vertigineuses. Un fossé grandissant que TechCrunch compare désormais à un baril de poudre.
L’essentiel
- Près de 150 000 emplois supprimés dans la tech depuis janvier 2026, un rythme 44 % plus rapide qu’en 2025
- L’IA est le motif de licenciement le plus cité, trois mois d’affilée selon le cabinet Challenger
- Cerebras, OpenAI, Anthropic : l’IA fabrique des milliardaires pendant que les plans sociaux s’enchaînent
- 76 % des Américains citent le coût de la vie comme première inquiétude économique
Quelque chose cloche dans la tech. Les entreprises enchaînent les trimestres rentables et, dans le même mouvement, licencient par dizaines de milliers.
Depuis janvier, près de 150 000 postes ont disparu dans le secteur, soit environ 974 par jour, un rythme 44 % plus rapide qu’en 2025, selon TrueUp, plateforme spécialisée dans le suivi des plans sociaux technologiques.
Le mois dernier a même marqué un record sur deux ans, avec près de 40 000 suppressions de postes. Pour le troisième mois consécutif, l’intelligence artificielle est la raison la plus souvent invoquée, d’après le cabinet de reclassement Challenger, Gray & Christmas.
Paradoxe de l’époque : les mêmes outils accusés de supprimer des postes servent aussi à en décrocher, comme le montre la façon dont ChatGPT aide à retrouver un emploi.
L’IA, vraie cause ou simple prétexte ?
Tout le monde ne croit pas au scénario officiel. Pour une partie des observateurs, l’IA sert surtout d’alibi commode à des coupes décidées pour d’autres raisons.
Le capital-risqueur Marc Andreessen a résumé cette thèse sans détour : l’IA serait « l’excuse miracle » de licenciements liés en réalité aux sur-embauches de la période Covid. Selon lui, la plupart des grands groupes seraient surdimensionnés de 25 à 75 %.
La fintech Block illustre le malaise. Après avoir supprimé près de la moitié de ses effectifs, son patron Jack Dorsey a défendu ces coupes au nom d’une « nouvelle façon de travailler » permise par l’IA, tout en reconnaissant avoir trop recruté pendant la pandémie.
Chez Uber, la direction a réduit d’environ 23 % son service des ressources humaines, en assurant que l’IA n’y était pour rien. Mais l’annonce est tombée un mois après que son directeur technique eut admis avoir épuisé en quatre mois le budget consacré aux outils d’IA. De quoi alimenter les soupçons.
Des fortunes record qui creusent le fossé
Ce qui rend la situation explosive, c’est le contraste. Pendant que des dizaines de milliers de salariés perdent leur emploi, un petit cercle d’initiés de l’IA s’enrichit à une échelle difficile à imaginer.
Le fabricant de puces Cerebras a bondi de 68 % le jour de son entrée en Bourse, atteignant près de 67 milliards de dollars de valorisation et transformant ses cofondateurs en milliardaires. Quelques jours plus tard, l’introduction de SpaceX propulsait son patron au-delà des 1 000 milliards de dollars sur le papier — on peut d’ailleurs visualiser ce que représentent vraiment mille milliards de dollars.
OpenAI et Anthropic, eux, s’approchent d’une cotation autour de 1 000 milliards de dollars. Et début mars, Mark Zuckerberg s’offrait une villa à 170 millions de dollars en Floride ; deux mois plus tard, Meta annonçait 8 000 suppressions de postes, soit environ 10 % de ses effectifs.
Le décalage tombe au pire moment. Aux États-Unis, 76 % des habitants placent le coût de la vie en tête de leurs inquiétudes économiques, contre 58 % un an plus tôt, et 65 % estiment qu’un train de vie de classe moyenne est devenu hors de portée.
Pour TechCrunch, le parallèle avec 2008 et le mouvement Occupy Wall Street s’impose, à une différence près : cette fois, aucun krach à pointer du doigt. Les entreprises sont bénéficiaires, l’IA fabrique des fortunes éclair, et les licenciements ont lieu malgré tout.
L’Europe n’échappe pas à la ruée. En France, Mistral chercherait à lever 3 milliards d’euros pour une valorisation de 20 milliards, signe que la course aux milliards de l’IA se joue aussi de ce côté de l’Atlantique, pendant que l’angoisse sur l’automatisation ne faiblit pas.
À retenir
- 150 000 emplois tech supprimés en 2026, l’IA en justification principale
- Cerebras, SpaceX, OpenAI : l’IA enrichit une poignée d’initiés
- TechCrunch alerte sur un risque de fracture sociale inédit

