Le 29 avril 1980, Alfred Hitchcock s’éteignait à Bel Air, dans la banlieue de Los Angeles. Quarante-six ans plus tard, l’œuvre du maître britannique du suspense continue d’irriguer le cinéma mondial. De Psychose aux Oiseaux, retour sur l’héritage d’un cinéaste hors du commun.
À 80 ans, le réalisateur originaire de Leytonstone (Londres) emportait avec lui plus de cinquante longs-métrages et une vie entière dévouée à la sidération du spectateur. Une silhouette ronde, un humour pince-sans-rire, des caméos discrets : Hitchcock a façonné une grammaire qui appartient désormais au patrimoine universel.
Une mort précédée par les honneurs
La fin de vie d’Alfred Hitchcock fut marquée par les honneurs et la maladie. Le 7 janvier 1980, la reine Elizabeth II l’élevait au rang de chevalier commandeur de l’ordre de l’Empire britannique, faisant de lui Sir Alfred Hitchcock. Quelques mois plus tôt, l’American Film Institute lui avait remis son Life Achievement Award, une cérémonie qu’Hitchcock avait pourtant vécue comme un présage funeste, selon ses biographes.
Affaibli par une insuffisance rénale, le cinéaste avait dû renoncer à son ultime projet, The Short Night, dont le scénario était pourtant pratiquement bouclé. Selon Europe 1, il s’éteint paisiblement dans son sommeil aux alentours de 9 heures du matin, ce mardi 29 avril 1980.
Du muet aux chefs-d’œuvre américains
Né le 13 août 1899 dans une famille modeste de commerçants, Alfred Joseph Hitchcock entre dans le cinéma en 1920, comme dessinateur d’intertitres pour des films muets, à la Famous Players-Lasky de Londres. Il signe son premier long-métrage en 1925 avec Le Jardin du plaisir, avant de bâtir sa réputation britannique avec Les 39 Marches (1935) ou Une femme disparaît (1938).
En 1939, Hollywood l’attire. Son premier film américain, Rebecca (1940), remporte l’Oscar du meilleur film. Hitchcock ne quittera plus les studios californiens, devenant l’un des très rares réalisateurs européens à imposer leur signature aux producteurs américains. Aujourd’hui encore, les sorties cinéma portent la marque de son influence.
Cinq chefs-d’œuvre qui ont changé le cinéma
Les années 1950 et le début des années 1960 marquent le sommet de sa carrière. Fenêtre sur cour (1954), avec James Stewart cloué dans son fauteuil et observant ses voisins, pose les bases du voyeurisme au cinéma. Sueurs froides (1958) explore l’obsession amoureuse jusqu’au vertige. La Mort aux trousses (1959), avec Cary Grant poursuivi par un avion dans un champ de maïs, est souvent décrit comme le premier James Bond.
Mais ce sont surtout Psychose (1960) et Les Oiseaux (1963) qui ont révolutionné le cinéma de genre. La scène de la douche dans Psychose, ponctuée par la musique stridente de Bernard Herrmann, reste l’un des morceaux d’anthologie les plus étudiés de l’histoire du septième art. Quant aux Oiseaux, ils ont ouvert la voie à toute une génération de films catastrophes et fantastiques.
Le « MacGuffin » et l’invention du suspense moderne
Hitchcock a théorisé certains des outils narratifs les plus utilisés du cinéma contemporain. Le « MacGuffin », ce prétexte narratif vital pour les personnages mais sans véritable importance dans l’intrigue, est l’un d’eux. Dans Psychose, c’est l’argent volé par Marion Crane au début du film. Dans La Mort aux trousses, ce sont les microfilms convoités par les espions.
Sa définition du suspense, elle, est restée fameuse : « Le suspense, c’est quand le spectateur en sait plus que les personnages. » Une formule reprise depuis dans toutes les écoles de cinéma, et qui éclaire sa méthode. Le cinéma français contemporain reste fortement marqué par cet héritage.
L’influence d’un maître sur les générations suivantes
Long méprisé par une partie de la critique américaine de son vivant, Hitchcock a été réhabilité par les Cahiers du Cinéma à partir des années 1950. François Truffaut, Claude Chabrol et Éric Rohmer ont tous reconnu sa centralité dans leur formation. Le célèbre Hitchcock-Truffaut, livre d’entretien publié en 1966, reste l’un des ouvrages de cinéma les plus importants jamais écrits.
L’influence d’Hitchcock dépasse largement la France. Brian De Palma a fait de la relecture du cinéaste britannique sa marque de fabrique, notamment avec Obsession (1976), inspiré de Sueurs froides. Steven Spielberg, Roman Polanski, David Fincher ou encore Park Chan-wook revendiquent eux aussi cette filiation.
Les caméos, signature inimitable
Plus qu’une coquetterie, les apparitions furtives d’Alfred Hitchcock dans presque tous ses films sont devenues une signature mythique. Le cinéaste apparaît dans 39 de ses propres films, parfois en quelques secondes seulement : un voyageur qui rate son train, un homme attendant un ascenseur, un client de bar.
Cette tradition est devenue à elle seule un objet d’étude, et de nombreux passionnés se sont amusés à recenser et chronométrer ces apparitions. Quarante-six ans après sa mort, l’œuvre d’Alfred Hitchcock continue d’inspirer, de fasciner et de faire école. Le maître du suspense n’a pas dit son dernier mot.
À retenir
- Alfred Hitchcock est mort le 29 avril 1980 à Bel Air, Los Angeles, à 80 ans
- Plus de 50 films réalisés sur 60 ans de carrière
- Anobli par la reine Elizabeth II en janvier 1980
