Le groupe Gibert, premier libraire indépendant de France, va solliciter l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire devant le tribunal des activités économiques de Paris. Fondée en 1886 sur les quais de la Seine, l’enseigne veut survivre en misant sur le livre d’occasion, un marché en pleine croissance.
Entre l’explosion des coûts fixes et la chute du marché du livre neuf, le géant vert du boulevard Saint-Michel n’a plus le choix.
Un modèle économique sous pression
Gibert invoque un double effet ciseau fatal : ses loyers et ses coûts d’énergie ont explosé, tandis que les marges sur le livre neuf s’effondrent face à la concurrence des plateformes en ligne. Le groupe a réalisé 86 millions d’euros de chiffre d’affaires l’an passé, mais ce chiffre ne suffit plus à absorber les charges d’une enseigne présente dans 16 magasins répartis dans 12 villes.
La procédure de redressement permettrait, selon le groupe, de geler les dettes et de garantir les salaires des 500 collaborateurs que compte l’entreprise, tout en conservant le cadre juridique le plus protecteur possible.
Le livre d’occasion comme bouée de sauvetage
L’espoir de Gibert réside dans un marché en pleine santé : le livre d’occasion. Avec une croissance annuelle de 10 %, ce segment représente déjà 35 % du chiffre d’affaires du groupe. L’ambition est de doubler cette part d’ici 2029, en reconstruisant un modèle où les marges sont mieux maîtrisées et la chaîne de valeur plus courte.
C’est un virage complet par rapport au modèle historique, même si l’occasion a toujours fait partie de l’ADN Gibert. Optimiser son budget culture devient un réflexe de plus en plus courant chez les Français.
140 ans d’histoire littéraire en danger
L’histoire commence en 1886 quand Joseph Gibert, professeur de lettres classiques, installe quatre boîtes de bouquiniste sur le parapet du quai Saint-Michel. Deux ans plus tard, en 1888, il ouvre sa première librairie au 23, quai Saint-Michel, spécialisée dans le livre scolaire d’occasion.
C’est grâce à Jules Ferry, qui rend l’école obligatoire, que l’enseigne connaît son premier grand essor. En 2021, Gibert avait déjà fermé ses quatre librairies de la place Saint-Michel, conservant sa grande enseigne près de la Sorbonne.
Aujourd’hui, c’est l’avenir de l’ensemble du réseau qui est en jeu.
Un signal fort pour l’édition française
La situation de Gibert illustre une crise plus large. Les librairies indépendantes subissent de plein fouet la concurrence d’Amazon et des grands acteurs du numérique. Le marché de l’occasion, lui, tire son épingle du jeu dans tous les secteurs, portée par des consommateurs soucieux de leur pouvoir d’achat.
Avec un pouvoir d’achat en repli et une inflation persistante, l’occasion permet à de nombreux lecteurs de continuer à se cultiver à moindre coût. Gérer ses finances au quotidien est devenu une priorité pour des millions de ménages français.
- Gibert demande son redressement judiciaire pour restructurer son modèle
- Le livre d’occasion (10 % de croissance/an) devient le cœur de la stratégie
- L’objectif est de doubler la part des ventes d’occasion d’ici 2029
