Freeze Corleone condamné à 15 mois avec sursis pour apologie du terrorisme

Stéphane Larue
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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Le rappeur Freeze Corleone a été condamné lundi par le tribunal correctionnel de Nice à 15 mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende pour apologie du terrorisme. Les faits visent la chanson « Haaland », un duo avec le rappeur allemand Luciano, dans laquelle une phrase interrompue est jugée comme une référence voilée à l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais, qui avait fait 86 morts.

Une chanson, une phrase, un silence qui accuse

La chanson en cause appartient à l’album « La menace fantôme ». Si le nom de l’avenue n’est jamais explicitement prononcé, les rimes conduisent l’auditeur jusqu’à une phrase suspendue : « J’arrive dans l’rap comme un camion qui bombarde à fond sur la… » — avant un silence. Le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli, avait qualifié Issa Lorenzo Diakhaté — le vrai nom du rappeur de 33 ans — de « Dieudonné du rap français », dénonçant un mélange d’idéologie nauséabonde et de calcul commercial.

Il avait requis 18 mois de prison avec sursis. Le tribunal a retenu 15 mois.

Un rappeur absent, un avocat qui annonce l’appel

Freeze Corleone a choisi le silence tout au long de la procédure. Il n’est venu ni au procès ni au délibéré. Son avocat, Me Adrien Chartron, a annoncé lundi qu’il ferait appel, dénonçant une décision « qui relève plus de l’autoritaire, du discrétionnaire que du droit » : la condamnation porte sur des mots qui n’ont jamais été prononcés.

Outre la peine avec sursis et l’amende, le rappeur devra verser 2 800 euros de dommages et intérêts à chacune des parties civiles. Il est également frappé d’une interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes pendant trois ans.

Des victimes qui ont amèrement regretté son absence

Plusieurs victimes de l’attentat et associations de victimes s’étaient portées parties civiles, dénonçant un usage commercial de leur souffrance. Hager ben Aouissi, présidente d’une association accompagnant les enfants victimes — aujourd’hui adolescents ou jeunes adultes et public cible de Freeze Corleone — avait déclaré lors de l’audience : « Je ne peux pas croire qu’on puisse glorifier leurs cauchemars. Le terrorisme ne doit pas être une image de puissance. »

Son absence au procès avait été vivement regrettée par les parties civiles, qui auraient voulu être entendues.

Un artiste sous pression depuis 2020

Lâché par son label Universal Music après une première enquête en 2020 pour provocation à la haine raciale — finalement classée sans suite —, le rappeur a renoncé à se produire en concert depuis une cascade d’annulations préfectorales liées à l’ouverture de l’enquête niçoise début 2024.

Internet reste cependant un vecteur d’influence majeur : à sa sortie, l’album avait enregistré 5,2 millions d’écoutes sur Spotify en 24 heures. Un chiffre que le procureur avait mis en avant pour souligner la portée de ces paroles auprès d’un public large.

La décision marque un précédent dans la jurisprudence du rap français sur la liberté d’expression et ses limites légales. Elle s’inscrit dans un contexte où la frontière entre provocation artistique et responsabilité pénale fait l’objet d’un débat croissant. Selon l’AFP, cette affaire pose la question de savoir si le droit pénal français est adapté pour juger des œuvres fondées sur le sous-entendu.

  • À retenir : 15 mois de prison avec sursis et 50 000 € d’amende pour apologie du terrorisme
  • ✅ Interdiction de séjour dans les Alpes-Maritimes pendant trois ans
  • ✅ L’avocat annonce un appel, estimant que la condamnation porte sur des mots non prononcés

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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.