Le 3 mai 1979, Margaret Thatcher entre au 10 Downing Street et devient la première femme à diriger un gouvernement britannique. Elle restera au pouvoir onze ans et demi, transformant en profondeur l’économie du Royaume-Uni — et avec elle, la politique occidentale des décennies suivantes.
Une victoire historique aux élections générales
Ce jour-là, le Parti conservateur remporte les élections générales avec 339 sièges à la Chambre des communes contre 268 pour les travaillistes. Margaret Thatcher, 53 ans, fille d’un épicier de Grantham, s’apprête à gouverner l’une des plus grandes puissances mondiales. Avant de franchir le seuil du 10 Downing Street, elle cite saint François d’Assise : « Là où il y a le discord, que j’apporte l’union ». Le contraste avec ce que sera son mandat marquera les esprits.
Élue à la tête des conservateurs en 1975, Thatcher a construit sa victoire sur la promesse de rompre avec le consensus d’après-guerre. Elle promet de réduire l’État, de lutter contre l’inflation et de remettre en cause la toute-puissance des syndicats — qui venait de paralyser le pays pendant le tristement célèbre « Winter of Discontent » de 1978-1979, éphéméride de la veille.
Le « thatchérisme » qui divise encore
En onze ans de gouvernement, Margaret Thatcher privatise les industries nationalisées, brise la grève des mineurs en 1984-1985 et réduit drastiquement les dépenses sociales. La City de Londres est déréglementée avec le « Big Bang » de 1986. Le chômage double dans un premier temps, avant que la croissance ne revienne. La société britannique se fragmente entre partisans et adversaires d’une femme surnommée « The Iron Lady » par la presse soviétique.
Son bilan reste l’un des plus controversés de l’histoire politique britannique, pages de notre quotidien. Elle redresse les finances publiques mais creuse les inégalités. Elle remporte la guerre des Malouines en 1982 et renforce la « relation spéciale » avec Ronald Reagan.
Un héritage qui résonne en 2026
Quarante-sept ans après sa prise de pouvoir, le débat sur le thatchérisme reste vivace. Chaque crise économique relance la question : faut-il plus ou moins d’État ? Ses partisans voient en elle la femme qui a sauvé le Royaume-Uni du déclin ; ses adversaires pointent les cicatrices industrielles encore visibles dans le nord de l’Angleterre. Aujourd’hui, dans un Royaume-Uni post-Brexit, notre rubrique Notre quotidien, son ombre n’a jamais vraiment quitté Westminster.
Selon les archives de la Bibliothèque nationale du Royaume-Uni (British Library) et les travaux de l’historien John Campbell, auteur de la biographie de référence Margaret Thatcher, The Grocer’s Daughter (2000), aucune personnalité politique britannique du XXe siècle n’a autant polarisé l’opinion. Une constante à retrouver dans nos archives dans l’histoire des démocraties occidentales.
