Hermann Huppen, dit Hermann, s’est éteint dimanche 22 mars 2026 à Bruxelles, à l’âge de 87 ans. L’auteur de Jeremiah et de Comanche, l’un des piliers de la BD franco-belge, laisse derrière lui une œuvre monstre : 120 albums en soixante ans de carrière. Son dernier album, Cartagena, paraîtra à titre posthume le 30 avril.
Une nouvelle qui endeuille toute la bande dessinée francophone. Hermann Huppen est décédé à Bruxelles après avoir été hospitalisé pour un cancer. Son éditeur Le Lombard a annoncé la disparition lundi matin dans un communiqué. « Le monde de la bande dessinée et tous les amoureux du 9e art viennent de perdre un immense auteur », a-t-il déclaré.
Né le 17 juillet 1938 à Bévercé, près de Liège, il était l’un des derniers géants d’une génération qui a construit la BD franco-belge telle qu’on la connaît. À quelques semaines seulement après la disparition de Frank Pé, le père de Broussaille, un autre monument s’efface.
Un trait réaliste, un style inimitable
Inspiré au départ par Jijé, Jean Giraud alias Moebius et Greg, Hermann a forgé un style qui n’appartient qu’à lui. Lignes franches, atmosphères charbonneuses, personnages au visage marqué par la vie — son dessin n’a jamais cherché à séduire facilement.
Il a travaillé pour les éditions Glénat, Dupuis et Le Lombard. À une époque où la bande dessinée était encore essentiellement destinée aux jeunes, il a imposé une approche plus réaliste et surtout plus adulte. Une rupture fondatrice, qui a ouvert la voie à toute une génération.
Son influence dépasse les frontières franco-belges. Des dessinateurs du monde entier se réclament de son héritage. Dans un secteur qui voit régulièrement émerger des succès populaires phénoménaux, Hermann a toujours choisi l’exigence sur la facilité.
Jeremiah, Comanche, Bois-Maury : soixante ans de récits
La liste de ses œuvres donne le vertige. Comanche pour le western classique. Les Tours de Bois-Maury pour la fresque médiévale. Abominable pour le fantastique. Sarajevo Tango et Afrika pour les récits complets adultes, plus sombres, plus politiques.
Mais c’est Jeremiah qui reste sa série la plus connue. Débuté à la fin des années 1970, ce récit d’anticipation post-apocalyptique compte 42 albums, dont le dernier est sorti en 2025. Une longévité exceptionnelle, portée jusqu’au bout par une vitalité créatrice intacte.
Il a collaboré tout au long de sa carrière avec son fils Yves H., scénariste, co-signant avec lui plusieurs albums. Une complicité rare. Alors que la BD contemporaine continue d’être reconnue par de grands prix, le nom d’Hermann y restera gravé comme une référence absolue.
Le Grand Prix d’Angoulême et un ultime album testament
En 2016, la profession lui a rendu hommage en lui décernant le Grand Prix de la Ville d’Angoulême pour l’ensemble de son œuvre. La plus haute distinction de la BD francophone, pour un auteur qui en avait depuis longtemps la stature.
Sa dernière série, Duke, est un western développé sur sept tomes. Et c’est aux côtés de son fils qu’il a réalisé Cartagena, son ultime album. Prévu pour le 30 avril 2026, il paraîtra désormais à titre posthume. Un adieu en bonne et due forme, à la hauteur d’un art de la narration graphique qu’il a porté au sommet pendant six décennies.
