
[MISE À JOUR — 3 juin 2026] Le témoignage du « père Marc », diffusé en direct sur M6 mardi soir, est démenti par l’évêque de Carcassonne lui-même. L’homme n’est pas prêtre, l’émission « Appel à témoins » aurait été piégée. L’Arcom va être saisi.
Un prêtre avait affirmé en direct sur M6, mardi soir, avoir confessé Xavier Dupont de Ligonnès dans un monastère de l’Aude en 2022. Une vidéo inédite tournée en 2025, plusieurs témoins crédibles, une réservation d’hôtel troublante : l’émission « Appel à témoins » présentée par Julien Courbet avait déversé un flot de rebondissements sur l’affaire la plus mystérieuse de France.
L’évêque de Carcassonne dément formellement
Le lendemain de la diffusion, Mgr Bruno Valentin, évêque de Carcassonne et Narbonne, a publié une vidéo sur X pour dénoncer la séquence. Il affirme ne pas connaître l’individu qui s’est présenté sous le nom de « père Marc » et n’avoir jamais été contacté ni par cet homme ni par M6.
« Jamais personne ne m’a contacté à propos de l’affaire évoquée, ni celui qui a pris la parole, ni même M6 avant de diffuser de tels propos », a-t-il déclaré. « Je déplore ce manque de rigueur et de professionnalisme qui a abouti à cette séquence trompeuse pour le public. »
« La séquence est totalement fausse », a-t-il insisté auprès du journal L’Indépendant. L’évêque a annoncé à BFMTV son intention de saisir l’Arcom, le régulateur de l’audiovisuel.
M6 n’avait pas encore réagi dans l’immédiat.
Un prêtre brise le silence : le témoignage qui a fait sensation
La veille au soir, un homme se présentant comme le « père Marc » avait affirmé en direct avoir confessé Xavier Dupont de Ligonnès en 2022 dans un monastère de Plavilla, dans l’Aude — onze ans après le quintuple meurtre de Nantes.
Selon lui, l’homme recherché lui aurait avoué avoir tué sa famille. Il le décrivait comme « mal dans sa peau », « empli de tristesse », dont l’état aurait pu relever du domaine psychiatrique.
Le prétendu prêtre disait avoir passé quatre jours à ses côtés avant que ce dernier ne quitte l’Aude en direction de Grasse, dans les Alpes-Maritimes. Il affirmait agir avec l’accord de l’évêque de Carcassonne — ce que ce dernier dément catégoriquement.
Une vidéo Tesla et plusieurs témoins inédits
Indépendamment de ce faux témoignage, l’émission avait exposé un faisceau d’éléments bâti par Gilles Galloux, ancien enquêteur de l’Office central de cybercriminalité de la police judiciaire, qui a repris l’intégralité du dossier.
Plusieurs personnes disent avoir croisé Xavier Dupont de Ligonnès dans les jours suivant sa disparition officielle, le 15 avril 2011 à Roquebrune-sur-Argens (Var). Une employée d’agence de location de voiture à Puget-sur-Argens dit l’avoir vu le 18 avril, sans carte bancaire. Un vendeur automobile affirme avoir été approché aux alentours du 20 avril par un homme souhaitant louer un véhicule.
Un troisième témoin assure l’avoir croisé le 21 avril à la terrasse d’un bar, se déplaçant en moto et portant un jogging bleu — s’exprimant en italien pour demander du feu.
L’émission a aussi diffusé une vidéo inédite tournée en 2025 dans le sud de la France par la caméra embarquée d’une Tesla. La conductrice, persuadée d’avoir reconnu le fugitif sur le bord d’une route, a transmis les images à la production. La ressemblance n’a pas convaincu les observateurs en plateau.
Une réservation d’hôtel troublante
Gilles Galloux a également évoqué une réservation effectuée fin avril 2011 dans un hôtel Formule 1 au nom de « Xavier Dupont ». Selon lui, elle aurait été réglée par un individu identifié par les enquêteurs — mais jamais entendu dans le cadre de la procédure.
Le standard téléphonique de l’émission avait été saturé : plus de 1 000 appels reçus pour cette seule affaire, contre 100 en temps normal.
Quinze ans sans réponse
Depuis la disparition de Xavier Dupont de Ligonnès, plus de 1 850 signalements ont été transmis aux enquêteurs sans permettre de le localiser. L’arrestation d’un sosie à Glasgow en 2019, relâché quelques heures plus tard, reste l’un des épisodes les plus retentissants d’une longue série de fausses pistes.
L’affaire du faux prêtre vient s’y ajouter — et relance, cette fois, la question du contrôle éditorial des émissions de témoignages en direct.















