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L’essentiel
- Suno lance v6, un modèle entraîné entièrement sur de la musique sous licence de Warner Music, BMG et Believe
- Sony Music et Universal n’ont signé aucun accord et continuent de poursuivre la start-up devant la justice américaine
- Trois versions disponibles : v6 payante, v6 Wild expérimentale et v6 Mini gratuite pour tous
- Un filigrane sera ajouté à chaque morceau généré, une transparence désormais exigée par l’AI Act européen
La start-up californienne Suno a dévoilé mercredi 9 septembre son nouveau modèle v6, entraîné uniquement à partir de musique sous licence fournie par Warner Music Group, BMG et Believe. Sony Music et Universal Music Group, qui n’ont conclu aucun accord avec l’entreprise, continuent de son côté de la poursuivre en justice pour utilisation non autorisée de leurs catalogues.
Ce qu’on sait : un modèle entraîné à zéro
Le directeur général de Suno, Mikey Shulman, présente v6 comme une rupture nette avec les versions précédentes. Son directeur produit, Jack Brody, précise que ce modèle a été entraîné entièrement à partir de zéro, sans reprendre les données des générations antérieures.
Trois versions sortent en même temps. La v6 classique, réservée aux abonnés payants, mise sur des résultats fiables et modifiables. La v6 Wild, expérimentale, produit des morceaux plus surprenants. La v6 Mini, plus rapide, reste accessible aux utilisateurs gratuits.
Les abonnements actuels vont d’un plan gratuit (10 morceaux par jour) à la formule Pro à environ 9 €/mois (500 morceaux), jusqu’au plan Premier à environ 27 €/mois (2 000 morceaux). Suno n’a pas annoncé de changement de tarifs pour ce lancement.
Nouveauté : les utilisateurs peuvent modifier une partie d’un morceau par simple instruction, s’appuyer sur du texte, une image ou une vidéo comme référence, et isoler des instruments pour créer de nouveaux rythmes. Un système de remix pour les artistes ayant donné leur accord est également annoncé, ainsi qu’un filigrane sur chaque création et de nouvelles limites de téléchargement selon l’abonnement.
Le contexte : trois ans de bataille judiciaire
La RIAA, qui représente les grands labels américains, avait attaqué Suno et son concurrent Udio dès 2024 pour utilisation massive de titres protégés sans autorisation. Warner Music a été le premier grand label à signer la paix, en réglant son différend avec Suno en novembre 2025. L’accord avec BMG a suivi en août 2026, et Believe fournit désormais une partie des données sous licence.
Sony Music et Universal Music Group, eux, n’ont rien signé. Le modèle v6 exclut d’ailleurs toute donnée issue de leurs deux catalogues. Une action collective distincte accuse en parallèle Suno de négligence après une fuite de données ayant exposé 55 millions de comptes utilisateurs l’été dernier.
Le scénario rappelle celui d’Anthropic, poursuivi lui aussi par Sony Music et Warner pour un piratage massif de chansons utilisées à l’entraînement de ses modèles. Suno et Udio avaient d’ailleurs tenté, plus tôt cette année, une alliance avec l’industrie musicale pour sortir de l’impasse judiciaire.
En Europe, le calendrier joue en faveur de cette bascule vers des données sous licence : depuis le 2 août 2026, l’AI Act impose aux fournisseurs de modèles d’IA à usage général de publier un résumé des contenus protégés utilisés pour l’entraînement. Un cadre que Suno anticipe désormais, du moins pour la partie de ses données couverte par des accords.
La suite : un partage des revenus encore flou
Suno annonce qu’une partie de ses revenus sera reversée à ses partenaires à partir de ce lancement, sans en préciser le montant ni les modalités. La start-up, qui a levé plus de 819 millions de dollars depuis sa création, cherche ainsi à transformer un contentieux coûteux en modèle économique partagé.
Reste à savoir si Sony et Universal suivront la voie de Warner et BMG, ou si l’affaire ira jusqu’au procès. En France, les sociétés de gestion collective comme la Sacem suivent de près ces accords signés à l’étranger, en vue d’obtenir des dispositifs comparables pour leurs propres membres.
Suno n’a pas communiqué de date pour une éventuelle fonctionnalité de remix grand public, ni pour un déploiement plus large du partage de revenus au-delà des trois labels déjà signataires.

