Le fabricant de puces Qualcomm investit dans Ultrahuman, jeune pousse indienne des bagues connectées, à l’occasion d’un tour de table de 70 millions de dollars annoncé le 3 septembre. L’entreprise est désormais valorisée 365 millions de dollars, contre 120 millions en 2023. Objectif affiché des deux partenaires : transformer la bague, aujourd’hui simple capteur de sommeil et de fréquence cardiaque, en un véritable petit ordinateur porté au doigt.
L’essentiel
- Ultrahuman lève 70 millions de dollars (65 M$ en capital, 5 M$ en dette), avec Qualcomm Ventures parmi les investisseurs
- La bague doit devenir un ordinateur autonome : manette de jeu, souris virtuelle, clé de voiture, exécution d’IA embarquée
- 800 000 bagues vendues, 140 millions de dollars de chiffre d’affaires annualisé, en hausse de 45 % sur un an
- Le rival Oura, leader du marché, préparerait une entrée en Bourse ce mois-ci, valorisée plus de 16 milliards de dollars
Fondée en 2019 par Mohit Kumar et Vatsal Singhal, Ultrahuman s’est fait connaître avec ses bagues Ring Air et Ring Pro, qui mesurent sommeil, mouvements et température corporelle.
Jusqu’ici, l’appareil se contentait de collecter des données pour les renvoyer vers une application mobile. C’est précisément ce que Qualcomm veut changer.
De simple tracker à ordinateur autonome
Les deux entreprises développent ensemble une bague équipée de puces Qualcomm, avec davantage de puissance de calcul embarquée.
Le but : faire tourner directement sur l’anneau des algorithmes qui dépendent aujourd’hui du smartphone. Mohit Kumar résume l’ambition en expliquant que « tous les appareils en anneau sont aujourd’hui de simples trackers » et qu’il veut en faire de vrais ordinateurs miniatures.
Une mise à jour logicielle prévue fin septembre doit apporter une première salve de nouveautés sur les modèles Ring Air et Ring Pro : reconnaissance de gestes pour jouer, interface façon souris grâce à la position du doigt, et fonctions d’interaction avec des assistants IA.
Qualcomm évoque de son côté la création de « nouveaux appareils d’IA personnels », une formule qui rejoint les efforts du PDG du groupe sur la fin annoncée du smartphone tel qu’on le connaît aujourd’hui.
Un marché des bagues connectées en pleine bataille
Ultrahuman revendique une demande représentant 18 à 20 fois l’offre disponible, mais reste loin derrière Oura, qui domine largement le secteur.
La finlandaise ferait actuellement ses derniers préparatifs pour une entrée en Bourse ce mois-ci, avec une valorisation qui dépasserait les 16 milliards de dollars.
Samsung et Apple développent également leurs propres objets connectés portés au doigt ou au poignet, à l’image du capteur santé embarqué sur la Pixel Watch 5 de Google.
Ultrahuman a d’ailleurs dû suspendre les ventes de sa Ring Air aux États-Unis l’an dernier, le temps d’un différend de brevet avec Oura, avant de revenir avec une Ring Pro redessinée.
Racheté par Google, Fitbit avec son coach propulsé par l’IA mise lui aussi sur l’intelligence artificielle embarquée pour se différencier.
Et en France ? Prix, données de santé et cadre RGPD
La bague Ultrahuman est disponible en France via plusieurs revendeurs en ligne, à partir d’environ 290 € pour la Ring Air, sans abonnement mensuel obligatoire — un argument que la marque met en avant face à certains concurrents facturés à l’abonnement.
Reste la question des données récoltées : fréquence cardiaque, sommeil, cycle et bientôt signaux liés au flux sanguin, via un partenariat annoncé avec le laboratoire Labcorp.
Ces informations relèvent de la catégorie des données de santé, soumise en France et dans l’Union européenne à un régime renforcé du RGPD, sous le contrôle de la CNIL.
Plus un objet promet de fonctions autonomes et d’IA embarquée, plus le volume et la sensibilité des données traitées localement — ou renvoyées vers les serveurs du fabricant — deviennent un enjeu à surveiller pour les utilisateurs européens.

