La France vient de franchir une nouvelle étape dans la course au quantique. Le CEA a inauguré Lucy, un ordinateur quantique photonique présenté comme le plus puissant jamais déployé en Europe, sur le site du Très Grand Centre de Calcul (TGCC) en Île-de-France.
Lucy est le fruit d’un partenariat franco-allemand entre la startup française Quandela et la société allemande Attocube Systems AG. L’ordinateur exploite 12 qubits photoniques — des bits quantiques codés dans des photons — avec une connectivité totale entre tous les qubits, ce qui le distingue des architectures supraconductrices habituelles, limitées aux voisins proches.
Cette particularité offre un avantage concret : certains algorithmes quantiques, notamment en optimisation et en simulation chimique, peuvent être exécutés de manière plus efficace sur des architectures à connectivité complète. Lucy est intégré en mode hybride avec le supercalculateur Joliot-Curie du CEA, permettant de combiner puissance classique et calcul quantique sur des problèmes complexes.
Ouverte aux chercheurs et industriels
L’accès à Lucy est rendu possible via le portail eDARI, la plateforme nationale d’allocation de ressources de calcul intensif. Les chercheurs et industriels peuvent utiliser les environnements de programmation Perceval et MerLin, développés par Quandela, pour soumettre leurs calculs à distance. Des sessions de formation et des webinaires accompagnent ce déploiement.
Le projet s’inscrit dans le cadre de l’initiative EuroQCS-France, soutenue par l’EuroHPC Joint Undertaking, l’organisme européen chargé de coordonner les infrastructures de supercalcul. Les applications visées sont concrètes : optimisation de réseaux énergétiques, évaluation de risques financiers, conception de matériaux pour l’aérospatiale.
Pour Valérian Giesz, co-fondateur et directeur opérationnel de Quandela, cette première installation est « une étape clé pour accélérer la recherche algorithmique ». Elle place la France en bonne position dans la compétition mondiale du quantique, aux côtés des États-Unis, de la Chine et du Royaume-Uni — un enjeu de souveraineté technologique que Paris affiche comme priorité nationale depuis 2021.













