Anthropic accuse cinq officines liées à des laboratoires chinois d’avoir siphonné les capacités de Claude pour entraîner leurs propres modèles. Le fournisseur californien d’IA a publié jeudi un rapport détaillant environ 200 millions d’échanges captés en quelques mois grâce à des techniques de contournement sophistiquées.
À retenir
- Anthropic recense cinq campagnes de captation liées à Alibaba, Moonshot AI et DeepSeek
- La campagne d’Alibaba a généré jusqu’à 3 millions d’échanges par jour depuis 3 500 comptes
- Les attaquants se faisaient passer pour des traducteurs afin de contourner les protections
- Le même rapport pointe une officine française de désinformation utilisant aussi Claude
Anthropic détaille cinq campagnes de captation venues de Chine
Dans son rapport de threat intelligence publié le 10 septembre, Anthropic décrit cinq campagnes distinctes visant à extraire le raisonnement interne de Claude.
La technique s’appelle la « distillation » : elle consiste à faire produire par un modèle des réponses détaillées, puis à réutiliser ce raisonnement pour entraîner un modèle concurrent moins coûteux.
La campagne la plus massive vise Alibaba, éditeur des modèles Qwen. Entre mai et juillet, elle a généré 151 millions d’échanges, avec des pics à 3 millions de requêtes par jour répartis sur 3 500 comptes, selon Anthropic.
Moonshot AI, à l’origine du chatbot Kimi, a mené une opération plus courte : environ 300 000 requêtes en dix jours via 5 000 comptes. DeepSeek complète la liste des laboratoires cités.
Ces méthodes de contournement s’ajoutent à une liste déjà longue de dérives autour de l’IA, comme l’outil qui transforme un visage en dossier de renseignement complet révélé récemment par Clearview AI.
Pour contourner les protections de Claude, qui masque habituellement son raisonnement détaillé, les attaquants maquillaient leurs requêtes en tâches anodines. Anthropic cite un exemple : une requête présentée comme une simple traduction demandait en réalité de retranscrire l’intégralité de la « mémoire de travail » du modèle en japonais.
Un climat de méfiance nourri par le précédent DeepSeek
Ce n’est pas la première alerte du genre. OpenAI avait déjà accusé DeepSeek de s’être appuyé sur les sorties de ses modèles pour développer R1, son modèle vedette de janvier 2025.
Anthropic affirme de son côté avoir déjà signalé des tentatives similaires dès février 2026. Le phénomène s’est donc intensifié plutôt qu’endigué.
L’enjeu dépasse la seule propriété intellectuelle. Si les modèles chinois rattrapent Claude ou GPT en s’entraînant sur leurs propres réponses, les contrôles américains à l’export de puces perdent une bonne part de leur effet dissuasif.
Le sujet nourrit aussi les débats sur le choix d’un assistant IA côté utilisateurs, entre Claude, les modèles américains concurrents et les alternatives chinoises très agressives sur les tarifs. Pour comparer les options du moment, notre comparatif IA détaille les forces de chaque assistant.
Le rapport d’Anthropic ne vise d’ailleurs pas que des acteurs chinois : il documente aussi une officine française, LKM Company, qui aurait exploité Claude pour générer les articles d’un réseau de près de 70 faux sites d’actualité, en une vingtaine de langues.
Anthropic renforce ses garde-fous, la régulation reste à construire
Face à ces campagnes, Anthropic dit avoir banni l’ensemble des comptes identifiés et déployé une détection fondée sur les signatures comportementales plutôt que sur le seul contenu des requêtes.
L’entreprise affirme aussi avoir partagé ses conclusions avec les autorités compétentes et les autres acteurs du secteur, sans détailler lesquels.
Ni Alibaba, ni Moonshot AI, ni DeepSeek n’ont réagi publiquement à ces accusations au moment de la publication du rapport.
Côté européen, l’AI Act impose déjà aux fournisseurs de modèles à usage général des obligations de transparence sur les données d’entraînement utilisées. Reste à savoir si un modèle partiellement construit sur des sorties captées d’un concurrent tomberait sous le coup de ces règles une fois commercialisé dans l’UE.
Anthropic promet de publier de nouvelles mises à jour de son rapport si d’autres campagnes de ce type étaient détectées.




















