L’Université des Nations unies a publié mercredi 3 juin le premier bilan environnemental mondial de l’intelligence artificielle. En 2025, les centres de données de la planète ont consommé 448 térawattheures d’électricité, davantage que tous les pays du monde sauf dix. Le rapport alerte sur une empreinte carbone, hydrique et foncière qui pourrait doubler d’ici quatre ans.
L’intelligence artificielle n’a rien de virtuel. Derrière chaque requête envoyée à un assistant en ligne se cachent des serveurs, des puces et des systèmes de refroidissement bien réels.
C’est tout le sens du rapport dévoilé par l’Institut pour l’eau, l’environnement et la santé de l’Université des Nations unies (UNU-INWEH), publié pour ses trente ans. Première étude de cette ampleur menée par une institution onusienne, elle chiffre le coût écologique de l’électricité qui fait tourner l’IA.
Le constat est brutal. L’an dernier, les data centers ont englouti 448 térawattheures d’électricité, soit plus que la consommation de tous les pays sauf dix. Un volume comparable à ce que la France consomme en une année entière.
Cette production a rejeté environ 189 millions de tonnes de CO2, l’équivalent des émissions de l’Argentine. Elle a aussi mobilisé près de 4 500 milliards de litres d’eau.
À retenir
- 448 TWh consommés en 2025, plus que presque tous les pays.
- Près de 90 % de l’énergie vient des requêtes, pas de l’entraînement.
- Des requêtes plus courtes allègent la facture énergétique.
Une empreinte à l’échelle d’une nation
« Quand on regarde ces chiffres, on parle d’échelles comparables à celles de nations. La demande est colossale », résume Kaveh Madani, directeur de l’UNU-INWEH et lauréat du prix de l’eau de Stockholm.
La trajectoire inquiète plus encore que le niveau actuel. D’ici 2030, les centres de données devraient représenter près de 3 % de l’électricité mondiale, soit 935 térawattheures.
S’ils formaient un pays, celui-ci serait le sixième plus gros consommateur d’énergie au monde, avec près de 400 millions de tonnes de CO2 par an.
L’IA est le principal moteur de cette envolée. Elle pèse aujourd’hui environ 20 % de la consommation des data centers, une part qui doit grimper à 40 % d’ici 2030. La multiplication des modèles, comme les modèles maison de Microsoft, accélère encore la demande.
Pourquoi vos requêtes pèsent lourd
Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas l’entraînement des modèles qui coûte le plus cher. Près de 90 % de l’énergie consommée par l’IA provient des requêtes quotidiennes, selon Miriam Aczel, co-autrice du rapport.
Une requête de type ChatGPT réclame environ 200 fois plus d’énergie qu’un simple filtre anti-spam. Générer une image ou une vidéo coûte bien davantage.
Le choix de l’outil compte donc autant que son usage : mieux vaut savoir quel assistant IA choisir selon ses besoins réels.
Le rapport avance une piste simple. Raccourcir ses requêtes de 30 % réduirait de 25 % l’énergie dépensée, l’équivalent de ce que consomment 700 000 personnes en Afrique sur une année.
« Si vous êtes trop poli, ce « merci » en plus peut faire une énorme différence », glisse Kaveh Madani, qui plaide pour des demandes courtes et précises.
Un enjeu de justice, pas seulement technique
Le rapport insiste sur une dimension souvent passée sous silence : la justice environnementale. Les bénéfices de l’IA circulent partout, mais ses nuisances se concentrent sur quelques territoires.
« L’IA n’est pas qu’une chose virtuelle. Quelque part, quelqu’un en subit les conséquences », avertit le chercheur. Implantation des centres, pompage d’eau, extraction de minerais : la facture se règle localement.
Ces tensions nourrissent un débat social que l’on retrouve aussi derrière la vague de suppressions de postes, l’IA étant devenue la première cause de licenciements outre-Atlantique.
L’industrie, elle, défend un bilan globalement positif, mettant en avant des gains d’efficacité et des bénéfices pour la santé ou la productivité. Les auteurs réclament avant tout davantage de transparence.
« On ne peut pas gérer ce que les entreprises ne divulguent pas », tranche Fengqi You, professeur à l’université Cornell. Selon lui, le grand public doit être « préoccupé, mais pas paniqué ».
