Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a réuni ce lundi 8 juin les procureurs généraux des 36 cours d’appel et ordonné la revue d’environ 70 000 plaintes impliquant des enfants, à boucler avant le 14 juillet. Une réponse directe à l’affaire Lyhanna, du nom de cette collégienne de 11 ans retrouvée morte dans le Gers, dont le principal suspect était visé par plusieurs plaintes restées sans suite.
Réunis dès 8h30 place Vendôme, les hauts magistrats ont été appelés à une « mobilisation générale » pour « établir la vérité ». Devant eux, le ministre de la Justice a présenté ses « excuses » à la famille de Lyhanna, au nom d’une institution judiciaire qui a, selon ses mots, « failli dans le suivi des plaintes ». Il a aussi prévenu que des « sanctions » seraient prises si des « manquements » ou des « fautes professionnelles » venaient à être « établis ».
Pourquoi Darmanin fait rouvrir 70 000 plaintes
Le ministre a demandé aux procureurs généraux de « reprendre l’ensemble des plaintes impliquant des enfants », soit près de 70 000 dossiers sur tout le territoire. L’objectif affiché : que cet inventaire soit terminé avant le 14 juillet. Gérald Darmanin a martelé que les magistrats « ne partiront pas en vacances » tant que ce travail ne serait pas achevé.
En parallèle, une inspection conjointe de la justice, de la gendarmerie et de l’Éducation nationale a été lancée ; ses conclusions sont attendues sous une quinzaine de jours. La Conférence nationale des procureurs généraux a toutefois fait savoir qu’elle s’opposait à toute évocation de sanctions avant les résultats de cette inspection, dénonçant une mise en cause prématurée des magistrats.
Ce que l’on sait de l’affaire Lyhanna
Lyhanna, 11 ans, avait disparu le 29 mai devant son collège de Fleurance, commune d’environ 6 000 habitants située à l’ouest de Toulouse. Selon la procureure de la République d’Auch, un témoin l’aurait aperçue, après sa sortie des cours, dans le véhicule d’un homme de 41 ans, identifié grâce aux images de vidéosurveillance. Ce dernier a été mis en examen le 1er juin pour enlèvement et séquestration de mineur de moins de 15 ans, puis placé en détention provisoire. Il bénéficie de la présomption d’innocence.
Mais c’est le passé du suspect qui alimente la colère. Selon les informations rapportées par plusieurs médias, il faisait l’objet de plusieurs plaintes pour violences sexuelles sur mineur — dont une déposée à l’été 2025 — sans avoir été entendu par les enquêteurs. Dimanche, une marche blanche a rassemblé quelque 6 000 personnes à Fleurance, et de nouveaux rassemblements sont attendus devant plusieurs tribunaux dans les prochains jours.
