Anthropic, l’entreprise américaine derrière l’assistant Claude, a publié vendredi 5 juin un avertissement d’une franchise inhabituelle : ses systèmes d’intelligence artificielle progressent si vite qu’ils pourraient bientôt s’améliorer eux-mêmes, sans intervention humaine. Son cofondateur Jack Clark appelle le secteur à se doter d’une « pédale de frein » mondiale, capable de ralentir, voire de suspendre, le développement des modèles les plus avancés.
L’essentiel
- Plus de 80 % du code d’Anthropic est désormais écrit par son IA Claude
- Une IA concevant seule « son successeur » pourrait arriver plus tôt que prévu, selon l’entreprise
- Jack Clark : l’industrie « a une pédale d’accélérateur, mais pas de pédale de frein »
- L’alerte tombe quelques jours après le dépôt en Bourse d’Anthropic, valorisée près de 1 000 milliards de dollars
La mise en garde figure dans un long essai publié par l’Anthropic Institute, cosigné par le cofondateur Jack Clark et la chercheuse Marina Favaro. Le texte décrit la marche vers ce que les spécialistes appellent l’« auto-amélioration récursive » : une IA capable de concevoir et d’entraîner elle-même le modèle qui lui succédera.
« Nous n’y sommes pas encore », reconnaît l’entreprise. Mais ce basculement « pourrait survenir plus tôt que la plupart des institutions ne s’y préparent ».
« L’industrie de l’IA dispose aujourd’hui d’une pédale d’accélérateur, mais la voiture n’a pas de pédale de frein. Nous voulons aider à construire cette pédale », a résumé Jack Clark auprès de CNN.
Une IA qui écrit déjà 80 % du code d’Anthropic
Pour étayer son alerte, Anthropic ouvre ses données internes. En mai 2026, plus de 80 % du code intégré à ses systèmes a été rédigé par Claude — une part encore marginale début 2025.
Chaque ingénieur de l’entreprise livre désormais huit fois plus de code qu’en 2024. En avril, Claude a même corrigé en quelques semaines une série de bugs qu’un humain aurait mis environ quatre ans à traiter, affirme l’entreprise.
La tendance dépasse ce seul laboratoire. D’après l’institut de mesure METR, la durée des tâches que les IA mènent à bien sans aide double environ tous les quatre mois.
Les derniers modèles enchaînent déjà douze heures de travail autonome. À ce rythme, des projets humains de plusieurs semaines seraient à leur portée dès 2027.
Cette accélération nourrit la course que se livrent Claude, ChatGPT et Gemini, dont les forces respectives sont détaillées dans notre comparatif IA.
Une pause mondiale de l’IA est-elle possible ?
Anthropic plaide pour que le monde dispose de « l’option » de ralentir, voire de suspendre temporairement, le développement des IA de pointe. L’entreprise se dit prête à marquer une pause — à condition que ses rivaux, aux États-Unis comme ailleurs, fassent de même de manière vérifiable.
Le défi rappelle, selon elle, les traités de désarmement nucléaire de la guerre froide. Avec une difficulté supplémentaire : un entraînement d’IA se dissimule bien plus facilement qu’un silo de missiles.
Le calendrier de cette sortie interroge. L’avertissement survient quelques jours seulement après le dépôt de son dossier en Bourse, sur la base d’une valorisation proche de 1 000 milliards de dollars, relève Fortune.
En Europe, un premier garde-fou approche : les obligations de l’AI Act visant les systèmes à haut risque entrent en application le 2 août 2026. Aucun texte, en revanche, n’encadre à ce jour l’hypothèse d’une IA qui s’améliorerait elle-même.
Anthropic promet d’organiser « dans les prochains mois » des discussions avec gouvernements, chercheurs et entreprises rivales pour définir les conditions concrètes d’un éventuel coup de frein.
À retenir :
- Anthropic redoute des IA capables de s’améliorer sans contrôle humain
- Claude écrit déjà plus de 80 % du code de son créateur
- Une pause mondiale exigerait une vérification entre laboratoires rivaux