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Santé / Bien-être

Édulcorants : ce que disent vraiment les autorités sanitaires

Aspartame, stévia, sucralose : l’Anses et l’OMS doutent de l’intérêt des édulcorants pour la santé. Ce qui est établi, et ce qui reste incertain.

Journaliste — Publié le
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Illustration générée par IA
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À retenir

  • Les édulcorants donnent un goût sucré sans apport énergétique notable.
  • L’OMS (2023) déconseille de les utiliser pour contrôler le poids.
  • L’Anses ne voit aucune preuve justifiant de remplacer le sucre par eux.
  • Les deux institutions préconisent de réduire le goût sucré global.
Au sommaire
  1. Les édulcorants, de quoi parle-t-on ?
  2. Ce qui est prouvé
  3. Ce qui ne l’est pas (ou pas encore)
  4. Pour qui la prudence s’impose
  5. Ce que recommandent les autorités sanitaires
  6. En pratique : une prudence sans dramatisation

Zéro sucre, zéro calorie, zéro culpabilité ? Les édulcorants séduisent des millions de consommateurs, mais les autorités sanitaires restent prudentes sur leur intérêt réel pour la santé. Voici ce que l’on sait, et ce que l’on ignore encore.

Les édulcorants, de quoi parle-t-on ?

Dans le langage courant, « édulcorants » désigne des substances qui donnent un goût sucré sans apporter (ou presque) d’énergie. Les experts parlent d’édulcorants intenses : leur pouvoir sucrant dépasse celui du sucre de table de plusieurs dizaines, voire de plusieurs milliers de fois. On les retrouve dans des boissons et des aliments allégés en sucre, ainsi que sous forme d’édulcorants de table.

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Les plus répandus en France sont l’aspartame, l’acésulfame K et le sucralose. Les extraits de stévia en font aussi partie, bien qu’ils soient d’origine végétale. En Europe, ce sont des additifs : l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) évalue chacun d’eux, puis la Commission européenne dresse la liste de ceux qui sont autorisés, avec les aliments concernés et les quantités maximales. Pour chaque substance, une dose journalière admissible (DJA) est fixée à partir des données toxicologiques.

Ce qui est prouvé

Sur la sécurité d’emploi, les évaluations réglementaires sont plutôt rassurantes dans le cadre des limites fixées. L’Efsa a ainsi établi en 2013 une DJA de 40 mg par kilo de poids corporel et par jour pour l’aspartame, jugée protectrice pour la population générale, hors personnes atteintes de phénylcétonurie, une maladie métabolique rare.

En juillet 2023, deux instances de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) se sont penchées sur cette molécule. Le Centre international de recherche sur le cancer (Circ) l’a classée dans le groupe 2B, « peut-être cancérogène pour l’homme », le troisième niveau d’une échelle qui en compte quatre. Les indications sont jugées limitées, chez l’humain comme chez l’animal, notamment pour le cancer du foie. Le comité d’experts FAO/OMS sur les additifs alimentaires (Jecfa) a estimé de son côté que les données sur un lien avec le cancer chez l’humain n’étaient pas convaincantes et n’a pas modifié la DJA. Ce classement signale un danger possible ; il ne mesure pas le risque associé à une consommation donnée.

Autre point établi : remplacer du sucre par un édulcorant réduit en général l’apport énergétique à court terme, comme le note l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) dans son avis publié en 2015.

Ce qui ne l’est pas (ou pas encore)

C’est sur le bénéfice que le doute persiste. Dans ce même avis de 2015, l’Anses concluait que les données ne permettaient pas d’affirmer que la baisse d’énergie observée à court terme se maintient dans la durée. Les études sur le contrôle du poids, chez l’adulte comme chez l’enfant, donnaient des résultats contradictoires. Aucun bénéfice n’était démontré pour prévenir le diabète de type 2, ni pour améliorer l’équilibre de la glycémie chez les personnes diabétiques.

Certaines études d’observation associent la consommation d’édulcorants à une prise de poids. Attention toutefois : association ne veut pas dire causalité. Une personne qui s’inquiète déjà de son poids ou de sa santé peut choisir davantage de produits allégés, ce qui brouille l’interprétation.

En mai 2023, l’OMS a publié ses propres lignes directrices sur les édulcorants non sucrés, à partir d’une revue systématique des preuves disponibles. Elle déconseille de les utiliser pour contrôler le poids ou réduire le risque de maladies non transmissibles. Selon elle, ils n’apportent pas de bénéfice à long terme sur la masse grasse, chez l’adulte comme chez l’enfant, et un usage prolongé pourrait s’accompagner, chez l’adulte, d’un risque plus élevé de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et de mortalité. Francesco Branca, directeur de l’OMS pour la nutrition et la sécurité sanitaire des aliments, résumait alors que remplacer les sucres libres par ces substances n’aide pas à contrôler le poids à long terme.

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Cette recommandation est toutefois qualifiée de « conditionnelle ». L’OMS précise que les liens observés avec la santé peuvent être faussés par les caractéristiques de départ des participants et par des habitudes de consommation complexes. Il faut donc lire ces résultats avec précaution. L’Anses réclame davantage de recherches, notamment chez l’enfant, la femme enceinte et les consommateurs réguliers, et le Circ comme le Jecfa jugent eux aussi utiles des études plus longues sur l’aspartame.

Enfin, l’Anses n’a trouvé dans les données de l’époque aucun lien établi entre les édulcorants et une habituation au goût sucré, ni avec la survenue de cancers ou de diabète. Là encore, absence de preuve n’est pas preuve d’absence : certaines études justifient d’approfondir.

Pour qui la prudence s’impose

Les personnes atteintes de phénylcétonurie doivent éviter l’aspartame : la DJA de l’Efsa ne les concerne pas.

Les recommandations de l’OMS de 2023 ne s’appliquent pas aux personnes ayant déjà un diabète. Pour elles, comme pour les femmes enceintes, les enfants et toute personne suivant un régime médical particulier, l’Anses relevait en 2015 un manque de données : le choix des produits se discute avec l’équipe soignante plutôt que de s’improviser. Les sucres à faible apport calorique et les polyols (alcools de sucre) ne sont pas des édulcorants au sens de l’OMS, car ils contiennent des calories, et ne relèvent donc pas de ces lignes directrices.

Ce que recommandent les autorités sanitaires

Dans son avis, l’Anses ne voit aucun élément probant qui justifierait, dans une politique de santé publique, d’encourager la substitution du sucre par des édulcorants. Sa ligne : baisser globalement le goût sucré de l’alimentation, dès le plus jeune âge. Elle ajoute que les boissons, sucrées ou édulcorées, ne doivent pas remplacer l’eau.

L’OMS tient un discours proche. Elle invite à réduire les sucres libres en s’appuyant sur des aliments qui contiennent naturellement des sucres, comme les fruits, et à privilégier les aliments et boissons non sucrés. Elle souligne que les édulcorants ne sont pas des éléments essentiels de l’alimentation et n’ont pas de valeur nutritionnelle.

En pratique : une prudence sans dramatisation

  • Les édulcorants autorisés en Europe sont encadrés, et pour l’aspartame, le Jecfa n’a pas jugé nécessaire de modifier la dose journalière admissible en 2023.
  • L’Anses et l’OMS ne recommandent pas de remplacer le sucre par des édulcorants pour la santé : ce n’est pas une solution miracle.
  • La piste mise en avant est de s’habituer progressivement à des saveurs moins sucrées, et de garder l’eau comme boisson de référence.

Si vous consommez beaucoup de produits sucrés ou « light » et souhaitez changer vos habitudes, ou si vous avez une maladie comme le diabète, parlez-en à votre médecin ou à un diététicien avant de modifier votre alimentation de manière importante. Cet article est informatif et ne remplace pas un avis médical.

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Cet article informe et ne remplace pas l’avis d’un médecin ou d’un diététicien. Avant tout changement important d’alimentation, parlez-en à un professionnel de santé.

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