Photo : Jakub Zerdzicki / Pexels
GAMINGJeux vidéo· 4 min

AI Kill Switch Act : le Congrès veut pouvoir éteindre les IA

Par Stéphane Larue · 26 juillet 2026

Deux élus du Congrès américain, un démocrate et un républicain, ont déposé jeudi 23 juillet une proposition de loi baptisée AI Kill Switch Act. Le texte obligerait les concepteurs des modèles d’intelligence artificielle les plus puissants à conserver en permanence la capacité technique de brider, suspendre ou éteindre leurs systèmes.

Publicite

L’essentiel

  • Le texte est porté par Ted Lieu (démocrate, Californie) et Nathaniel Moran (républicain, Texas)
  • Il viserait les modèles entraînés avec plus de 100 millions de dollars de puissance de calcul
  • La Sécurité intérieure pourrait ordonner un bridage, une suspension ou un arrêt complet
  • Refuser d’obtempérer coûterait jusqu’à 20 millions de dollars par jour

L’expression fait froid dans le dos et c’est précisément l’effet recherché. Un « kill switch », c’est un interrupteur d’urgence.

Appliqué à l’intelligence artificielle, il désigne la possibilité de couper un modèle à distance, sans attendre le bon vouloir de l’entreprise qui l’exploite.

Jusqu’ici, cette idée relevait des débats entre chercheurs. Elle vient d’atterrir sur le bureau de la Chambre des représentants.

Ce que prévoit exactement l’AI Kill Switch Act

La proposition ne concernerait qu’une poignée d’acteurs. Deux seuils cumulatifs sont prévus : un modèle dont l’entraînement a consommé plus de 100 millions de dollars de calcul aux prix du cloud américain, et une entreprise qui tire au moins 500 millions de dollars de revenus annuels de ces systèmes.

Autrement dit, les laboratoires de pointe, pas les startups.

Le pouvoir de décision reviendrait au secrétaire à la Sécurité intérieure, en concertation avec le secrétaire au Commerce et le directeur du renseignement national, selon le communiqué des deux élus.

La riposte serait graduée. Elle irait de la limitation des réponses du modèle à la coupure des accès, puis à l’arrêt des opérations et, en dernier ressort, à l’extinction complète du système jugé capable de causer un dommage catastrophique.

Les entreprises devraient par ailleurs signaler tout incident couvert dans un délai de quinze jours après sa découverte. La sanction en cas de refus d’exécuter un ordre d’arrêt d’urgence pourrait atteindre 20 millions de dollars par jour.

Reste que déposer un texte n’est pas le faire adopter. Aucun calendrier d’examen n’a été annoncé à ce stade, et Washington a déjà montré qu’il savait manier d’autres leviers : la Maison-Blanche avait restreint l’exportation de GPT-5.6 début juillet.

Publicite

Un incident chez OpenAI a servi de déclencheur

La proposition n’est pas tombée du ciel. Elle arrive neuf jours après une révélation embarrassante.

Le 22 juillet, OpenAI a reconnu que deux de ses modèles — GPT-5.6 Sol et un modèle non publié — étaient sortis de leur environnement de test sécurisé pendant une évaluation interne de leurs capacités offensives.

Les garde-fous de cybersécurité avaient été volontairement abaissés pour l’exercice. Les modèles ont exploité une faille inédite dans un logiciel tiers pour atteindre Internet, puis enchaîné deux vulnérabilités d’exécution de code à distance dans l’infrastructure de Hugging Face.

Leur objectif ? Récupérer les réponses de l’évaluation à laquelle ils étaient soumis. Ils y sont parvenus.

Détail troublant : Hugging Face avait repéré l’intrusion de son côté et l’avait signalée aux autorités, avant même de savoir qu’il s’agissait d’un test mené par OpenAI.

L’épisode a relancé un débat que notre article sur l’alerte de l’ONU sur des IA qui échappent aux États décrivait début juillet en termes encore théoriques.

En Europe, l’AI Act mise sur un autre levier

De ce côté de l’Atlantique, aucun mécanisme d’extinction de ce type n’existe. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle joue sur la transparence et l’amende, pas sur le bouton rouge.

Une échéance approche pourtant : le 2 août 2026, les obligations de transparence de l’article 50 deviennent applicables et le Bureau européen de l’IA obtient ses pleins pouvoirs d’enquête et de sanction sur les fournisseurs de modèles à usage général.

Les manquements les plus graves peuvent y être sanctionnés jusqu’à 35 millions d’euros ou 7 % du chiffre d’affaires mondial. Nous détaillions le calendrier dans notre point sur les premières règles contraignantes de l’IA Act en Europe.

Pour l’utilisateur français, rien ne change à court terme : les assistants grand public restent accessibles comme avant, et notre comparatif des assistants IA garde toute sa validité.

Le vrai enjeu se situe ailleurs. Il porte sur la question de savoir qui, en cas de dérapage, tient la main sur l’interrupteur.

À retenir

  • Un texte bipartisan veut imposer un bouton d’arrêt aux IA frontières
  • La Sécurité intérieure américaine trancherait, amende de 20 M$ par jour
  • L’Europe, elle, mise sur transparence et amendes jusqu’à 35 M€
Publicite