Mise en demeure CNews : le climat met à l’épreuve la méthode de l’Arcom

Après la mise en demeure de juin et l'amende de juillet, la demande de QuotaClimat sur le climat teste la méthode de l'Arcom face à CNews : état des quatre dossiers.

Stéphane Larue
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Stéphane Larue — article rédigé avec l’IA
Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
13 min de lecture
Mise en demeure CNews : le climat met à l'épreuve la méthode de l'Arcom
Photo : Caleb Oquendo / Pexels
  • Le lundi 5 octobre, QuotaClimat et la Fondation Jean-Jaurès ont demandé à l’Arcom de mettre CNews en demeure : leur étude relève 63 cas de mésinformation climatique sur la chaîne en juillet 2025, soit 64 % des cas repérés sur quatre chaînes d’information. CNews conteste.
  • Le 12 juin, l’Arcom avait déjà prononcé sa première mise en demeure de CNews sur le pluralisme des courants de pensée, après l’analyse de 168 heures d’antenne de mars 2025 ; le 24 juillet, elle a infligé 200 000 euros d’amende pour deux autres séquences.
  • Le refus de l’Arcom du 1er juillet de mettre CNews en demeure après des propos de Michel Onfray sur le climat est contesté devant le Conseil d’État, sans date de décision annoncée.
  • Rien n’est tranché sur la nouvelle demande : l’Arcom n’a pas communiqué, et CNews a annoncé des recours contre ses décisions de juin et de juillet.
Au sommaire
  1. L’Arcom a mis CNews en demeure sur le pluralisme le 12 juin, une première
  2. Quatre dossiers CNews ouverts devant l’Arcom ou le Conseil d’État en 2026
  3. 75 heures d’antenne et 63 cas : ce que contient l’étude du 5 octobre
  4. Le refus du 1er juillet sur Onfray, devant le Conseil d’État
  5. Arcom et QuotaClimat : un mois d’antenne analysé, deux périmètres
  6. Ce que la demande de QuotaClimat change pour les téléspectateurs de CNews
  7. Ce qui se joue d’ici la présidentielle de 2027

En une semaine, la demande de QuotaClimat est devenue le test le plus net de la grille que l’Arcom a appliquée à CNews en juin. Le régulateur dira-t-il que ce qu’il a constaté sur la sécurité, l’immigration et la politique vaut aussi pour le climat ?

Aucune réponse n’est attendue à date fixe, et le Conseil d’État doit encore se prononcer sur le refus opposé à la même association au sujet d’Onfray. Les quatre dossiers CNews de 2026 se lisent mieux ensemble que séparément.

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L’Arcom a mis CNews en demeure sur le pluralisme le 12 juin, une première

Par une décision du 12 juin 2026, publiée le 15 juin, l’Arcom a mis la société éditrice de CNews en demeure de respecter l’expression pluraliste des courants de pensée et d’opinion. Le régulateur parle d’un « déséquilibre manifeste et durable » dans les programmes d’information de mars 2025.

La décision fait suite à une saisine de Reporters sans frontières du 15 janvier 2026. L’Arcom a analysé 168 heures de programmes, surtout les émissions les plus suivies, qui représentaient plus de la moitié de l’audience de la chaîne ce mois-là.

Cinq thèmes dominaient : la sécurité, la guerre en Ukraine, La France insoumise, les relations franco-algériennes et la vie politique. Le régulateur relève un traitement largement univoque et impute en partie ce constat au rôle des animateurs et des chroniqueurs en plateau.

CNews dit contester fermement ces griefs et y voit une lecture excessivement restrictive de la liberté éditoriale, selon Ozap. La chaîne a annoncé qu’elle engagerait des recours devant le Conseil d’État. De son côté, l’Arcom prévient que d’autres manquements pourraient ouvrir une procédure de sanction.

Reporters sans frontières, à l’origine de la saisine, juge la décision « sans précédent » : selon l’association, environ les trois quarts des séquences analysées expriment le même point de vue, à quelques nuances près. L’organisation annonce qu’elle surveillera l’évolution de la chaîne et se réserve le droit de saisir de nouveau l’Arcom.

Ce cadre repose sur la décision du Conseil d’État du 13 février 2024, rendue à la demande de Reporters sans frontières : le respect du pluralisme s’apprécie sur l’ensemble des programmes d’un éditeur. C’est cette règle que QuotaClimat invoque aujourd’hui sur le climat.

Quatre dossiers CNews ouverts devant l’Arcom ou le Conseil d’État en 2026

Le tableau reprend les quatre procédures en cours, dans l’ordre de leur décision ou de leur dépôt. Deux d’entre elles concernent le climat.

DossierDateNatureSuite
Pluralisme des courants12 juinMise en demeureRecours annoncé par CNews
Climat, propos d’Onfray1er juilletRefus de mise en demeureConseil d’État saisi
Incitation à la haine24 juilletAmende de 200 000 €Recours annoncé par CNews
Climat, étude de 75 heures5 octobreDemande de mise en demeureArcom sans réponse publique

Le troisième dossier n’a pas le même objet que les autres. Dans sa décision du 24 juillet, l’Arcom sanctionne deux séquences de « 100% Politique », diffusées le 2 juin et le 1er septembre 2025, pour des propos sur l’immigration et l’islam qu’elle juge stigmatisants et insuffisamment contredits.

L’amende de 200 000 euros tient compte de sanctions antérieures : une mise en demeure en 2019, puis des sanctions en 2021 et deux fois en 2024. Nous l’avions racontée dans notre article sur l’amende du 29 juillet.

75 heures d’antenne et 63 cas : ce que contient l’étude du 5 octobre

L’étude de QuotaClimat et de la Fondation Jean-Jaurès, intitulée « Invisibiliser, polariser, désinformer : la crise environnementale selon CNews », porte sur 75 heures de séquences consacrées à l’environnement sur les quatre chaînes d’information en continu, en juillet 2025. Nous en avions détaillé les chiffres dans notre article du 5 octobre.

ChaînePart d’antenne 2025Cas en juillet 2025Cas par heure
CNews2 %633,4
LCI2,8 %180,8
BFMTV4 %60,1
franceinfo4,9 %110,3

Selon l’étude, 69 % des séquences de CNews sur l’environnement sont traitées comme une controverse, et 67 % des cas de mésinformation sont énoncés par des journalistes ou des chroniqueurs. Sur la loi Duplomb, les auteurs écrivent qu’« aucun point de vue défavorable au texte n’a été exprimé » pendant la période étudiée.

CNews répond que l’étude repose sur « des choix méthodologiques discutables » et que le pluralisme ne se réduit pas à une répartition mécanique des temps d’antenne. La chaîne cite son émission « À l’écoute de la planète », lancée en janvier 2026, soit six mois après la période étudiée.

Le refus du 1er juillet sur Onfray, devant le Conseil d’État

Le 22 novembre 2025, dans « Face à Onfray », Michel Onfray a affirmé que le réchauffement climatique serait en partie dû aux « interactions entre les univers », sans contradiction à l’antenne. QuotaClimat a saisi l’Arcom le 26 novembre, puis formé un recours gracieux le 11 mars 2026.

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Selon le Club des juristes, l’Arcom a rejeté ce recours le 1er juillet, et l’association a saisi le Conseil d’État le jour même. Les motifs du refus n’ont pas été rendus publics. Aucune date de décision n’a été annoncée.

QuotaClimat s’appuie sur un précédent. Le Conseil d’État a confirmé le 6 novembre 2025 une amende de 20 000 euros infligée à CNews pour « Punchline été », où un invité avait contesté à deux reprises un réchauffement dû aux activités humaines, selon Le Monde du droit. La haute juridiction a retenu un manquement à « l’exigence d’honnêteté de l’information et à la maîtrise de l’antenne », faute de contradiction. Notre article sur le recours d’Onfray devant le Conseil d’État détaille la chronologie.

Arcom et QuotaClimat : un mois d’antenne analysé, deux périmètres

Depuis sa décision du 17 juillet 2024, l’Arcom apprécie le pluralisme sur l’ensemble des contributeurs à l’antenne, et non plus sur le seul temps de parole des responsables politiques. Pour une chaîne d’information, elle regarde au moins un mois. L’étude de QuotaClimat s’en rapproche par la durée, mais pas par l’étendue.

CritèreDécision Arcom (juin)Étude QuotaClimat (octobre)
Mois analyséMars 2025Juillet 2025
Volume168 heures d’information75 heures sur l’environnement
ChaînesCNewsQuatre chaînes d’info
ThèmesCinq thèmes dominantsEnvironnement seul
Point de départSaisine de RSFÉtude et demande

La différence compte. Le 12 juin, l’Arcom a mesuré l’ensemble des thèmes d’une chaîne ; QuotaClimat lui demande de juger un seul thème, sur une période plus courte et plus ancienne. La décision de juin ne portait que sur CNews ; l’étude y ajoute une comparaison avec trois autres chaînes d’information.

L’Arcom n’a pas dit si elle examinerait un thème isolé. Elle avait indiqué en juin mettre en place un suivi élargi du pluralisme sur les quatre chaînes d’information en continu, avant les prochaines échéances électorales. Sur les règles qui entourent cette période, voir la fin du décompte nocturne du temps de parole et les règles envisagées pour les podcasts politiques.

Ce que la demande de QuotaClimat change pour les téléspectateurs de CNews

Pour le public de la chaîne

Rien ne change à l’antenne tant que l’Arcom ne décide pas. Une mise en demeure somme seulement une chaîne de respecter ses obligations ; elle ne comporte pas de sanction par elle-même.

La chaîne reste suivie : en septembre, CNews a réuni 192 000 téléspectateurs en moyenne, soit 3,0 % de part d’audience, à égalité avec BFMTV, d’après Médiamétrie. Elle perd 0,9 point sur un an, comme le détaille notre article sur les audiences de septembre.

Pour les animateurs, chroniqueurs et la direction de l’antenne

Les décisions de 2025 et 2026 convergent sur un point : la responsabilité de l’éditeur. En juin, l’Arcom impute une partie du déséquilibre au rôle des animateurs ; le Conseil d’État, en novembre 2025, retient la maîtrise de l’antenne.

Dans l’étude de QuotaClimat, 67 % des cas relevés sont énoncés par des journalistes ou des chroniqueurs de la chaîne. Si l’Arcom suivait cette lecture, la question porterait sur la manière de contredire un propos, plus que sur les invités.

Ce qui se joue d’ici la présidentielle de 2027

Aucune des deux décisions attendues n’a de calendrier public : celle de l’Arcom sur la demande du 5 octobre, et celle du Conseil d’État sur le refus opposé à QuotaClimat. Les recours annoncés par CNews contre ses décisions de juin et de juillet ne sont pas non plus datés.

La pression vient des deux côtés. Selon Ozap, 71 universitaires en droit ont saisi le Conseil d’État le 31 août pour qu’il oblige l’Arcom à sanctionner CNews et Europe 1 ; ils jugent que ces médias « militent pour un courant d’opinion clairement identifié ». CNews, de son côté, reproche à l’Arcom une lecture trop restrictive de la liberté éditoriale.

Un point reste ouvert : l’Arcom a refusé le 1er juillet de mettre CNews en demeure après une séquence d’Onfray, et elle doit maintenant se prononcer sur une demande de même nature. Les deux émanent de la même association et visent la même chaîne, mais la seconde repose sur 75 heures d’antenne comparées entre quatre chaînes, non sur une seule séquence.

Le prochain relevé mensuel de Médiamétrie, celui d’octobre, dira si CNews prolonge son redressement face à BFMTV. Pour l’Arcom, l’échéance est électorale : elle a annoncé en juin un suivi élargi des quatre chaînes d’information avant les prochains scrutins, et Reporters sans frontières situe sa décision à moins d’un an de la présidentielle de 2027.

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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.