Meta surveille les frappes clavier de ses employés pour l’IA

Stéphane Larue
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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Meta déploie en ce moment un logiciel de surveillance sur les ordinateurs de ses salariés américains pour collecter frappes clavier et mouvements de souris, dans le but avoué d’entraîner ses agents d’intelligence artificielle. Le programme, baptisé Model Capability Initiative, suscite une résistance massive en interne — et reste illégal en Europe.

Un logiciel espion rebaptisé « outil de formation »

Depuis plusieurs semaines, Meta installe sur les PC de ses employés américains un outil baptisé Model Capability Initiative (MCI). Ce logiciel enregistre les clics de souris, les frappes clavier et effectue des captures d’écran ponctuelles lors de l’utilisation de certaines applications.

La firme de Mark Zuckerberg revendique ouvertement la démarche. « Pour construire des agents capables d’effectuer des tâches informatiques, nos modèles ont besoin d’exemples authentiques de comportement utilisateur », a justifié un porte-parole de Meta dans une déclaration transmise à Reuters. L’objectif est d’alimenter les systèmes d’IA de l’entreprise avec des données réelles de navigation, de saisie et d’interaction.

Meta a également précisé que les données collectées ne serviraient pas à évaluer les performances individuelles des salariés. Un engagement difficile à vérifier pour les employés concernés, qui n’ont aucun moyen de contrôler l’usage réel des informations captées.

Les salariés refusent massivement le dispositif

L’accueil en interne est pour le moins glacial. Selon plusieurs témoignages recueillis par la presse spécialisée, de nombreux employés de Meta ont refusé d’installer l’outil MCI sur leurs machines professionnelles. Ils estiment que nourrir des modèles commerciaux avec chaque frappe clavier va bien au-delà d’une simple amélioration des outils internes.

La différence, perçue comme fondamentale par les salariés, est celle qui sépare une évaluation du travail d’une captation brute de données destinées à des produits vendus au grand public. Cette tension illustre une fracture croissante entre les ambitions IA des grandes entreprises tech et le consentement de leurs propres équipes.

Meta n’est pas seul dans cette dynamique. D’autres géants technologiques explorent des sources de données internes pour entraîner leurs modèles, à mesure que les données publiques disponibles sur internet se raréfient ou se retrouvent sous protection légale. Pour en savoir plus sur les pratiques de Meta en matière de vie privée, on peut noter que l’entreprise teste également un abonnement payant WhatsApp Plus à 2,49 € pour monétiser ses services différemment.

L’Europe épargnée grâce au RGPD

En France et dans le reste de l’Union européenne, Meta n’a pas déployé le programme MCI. La raison est juridique et sans appel : le RGPD encadre strictement la surveillance des salariés, qui ne peut être mise en œuvre sans base légale solide, information préalable et, dans la plupart des cas, accord individuel explicite.

La CNIL irlandaise — autorité de contrôle compétente pour Meta en Europe en vertu du mécanisme du « guichet unique » — surveille de près les pratiques de collecte de données de la firme. Cette situation illustre une fois de plus l’écart considérable entre les pratiques américaines et le cadre européen de protection des données.

Pendant ce temps, d’autres enjeux IA liés aux droits des individus se multiplient : Taylor Swift a elle-même dû sécuriser sa voix contre le clonage par IA, signe que la question du consentement dans l’entraînement des modèles dépasse largement les murs des entreprises tech. Sur le front de la cybersécurité, 40 géants tech se sont récemment alliés via Glasswing pour contrer les failles zero-day, un mouvement qui contraste avec les pratiques intrusives observées chez Meta.

À retenir

  • Meta installe un logiciel (MCI) sur les PC de ses employés américains pour enregistrer frappes clavier et mouvements de souris, et alimenter ses modèles d’IA
  • Les salariés résistent massivement, jugeant le dispositif intrusif et incompatible avec un consentement éclairé
  • En Europe, le programme est bloqué par le RGPD et la vigilance de la CNIL irlandaise, autorité de contrôle compétente pour Meta dans l’UE
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.