Près de 5 millions d’emplois en France pourraient être concernés par l’automatisation induite par l’IA d’ici deux à cinq ans, selon une étude de Coface et de l’Observatoire des emplois menacés et émergents (OEM) relayée par Le Monde et le Journal du Geek. Contre toute intuition, ce sont les métiers qualifiés — ingénieurs, juristes, architectes — qui figurent en tête des profils exposés.
Ce chiffre, 5 millions, mérite d’être décortiqué. Il ne signifie pas 5 millions de personnes qui perdront leur emploi. Il désigne les actifs dont les tâches quotidiennes vont significativement évoluer sous l’effet de l’automatisation — certaines seront supprimées, d’autres transformées, d’autres encore accélérées.
Les cadres plus exposés que les ouvriers
C’est le chiffre qui surprend le plus dans l’étude Coface/OEM : l’architecture et l’ingénierie affichent 26,9 % d’emplois exposés, l’informatique et les mathématiques 24,9 %, les fonctions administratives 23,8 %, les métiers créatifs 23,8 % et les professions juridiques 21,6 %.
À l’inverse, les métiers peu qualifiés — entretien, agriculture, restauration — restent relativement protégés.
L’explication est logique : l’IA générative excelle dans le traitement du langage, la synthèse de documents, la rédaction et le raisonnement structuré. Autant de tâches que les cadres effectuent quotidiennement. Les métiers manuels, eux, nécessitent une présence physique que les modèles de langage ne peuvent pas remplacer.
Aujourd’hui : seulement 7 % d’utilisateurs quotidiens
La transformation est en marche, mais elle est encore lente. Selon la même étude, seuls 7 % des salariés français utilisent l’IA générative tous les jours. 14 % l’utilisent chaque semaine. Et 50 % n’y ont encore jamais eu recours.
Actuellement, 3,8 % des postes seulement sont réellement fragilisés. C’est peu — et c’est la raison pour laquelle certains observateurs parlent d' »avancée à pas feutrés ».
Quels emplois émergent en parallèle ?
L’IA détruit des tâches, mais elle crée aussi des métiers. Les plus recherchés en 2026 : machine learning engineer (entre 50 000 et 80 000 euros brut annuels), data scientist (45 000 à 70 000 €), prompt engineer (40 000 à 60 000 €), et spécialiste IA généraliste.
Des formations courtes permettent désormais de se reconvertir vers ces métiers en moins d’un an. Le CPF (Compte Personnel de Formation) couvre une partie de ces parcours — un point important pour les salariés qui souhaitent anticiper la transformation de leur secteur.
Ce que McKinsey ajoute au tableau
De son côté, McKinsey estime que 27 % des tâches professionnelles en France pourraient être automatisables d’ici 2030, avec 5 % de postes directement remplacés. Un ordre de grandeur différent de l’étude Coface, mais qui converge vers le même constat : la transformation sera progressive, sectorielle, et inégale selon les métiers.
Le message de fond reste le même : ceux qui savent utiliser l’IA auront un avantage sur ceux qui l’ignorent. Ce n’est pas l’IA qui remplacera les humains — c’est l’humain qui maîtrise l’IA qui remplacera celui qui ne la maîtrise pas.


