Stéphane Larue
Actus

Flotte fantôme russe : le pétrolier Deyna dérouté vers la France

Flotte fantôme russe : le pétrolier Deyna dérouté vers la France
Image générée par IA

La Marine nationale a arraisonné vendredi 20 mars le pétrolier Deyna en Méditerranée occidentale. Suspecté d’arborer un faux pavillon mozambicain, ce navire venu de Russie a été dérouté vers les côtes françaises. C’est la troisième opération du genre menée par la France contre la flotte fantôme de Moscou.

Le Deyna naviguait depuis Mourmansk, port russe du Grand Nord, depuis le 1er mars. Sa destination officielle : Port-Saïd, en Égypte. Mais le 20 mars, au sud des Baléares, tout s’arrête.

Un arraisonnement en haute mer

Une équipe de visite de la Marine nationale a été treuillée à bord depuis un hélicoptère Panther, vraisemblablement issu d’une frégate légère furtive de la classe La Fayette. L’opération s’appuyait sur l’article 110 de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui autorise le contrôle de navires soupçonnés de naviguer sous un faux pavillon.

L’examen des documents de bord a rapidement confirmé les doutes. Le pavillon mozambicain que le Deyna arborait ne correspondait pas à sa situation réelle. Des irrégularités administratives graves ont été constatées.

Le navire, un mastodonte de 249 mètres de long pour 44 mètres de large et 112 000 tonnes de port en lourd, a aussitôt été dérouté vers les eaux françaises. Le parquet de Marseille a pris en main la procédure judiciaire.

Le troisième coup de filet français contre la flotte fantôme

Ce n’est pas la première fois que la France intercepte un navire de ce réseau opaque. En septembre 2025, le Boracay avait été stoppé au large de Saint-Nazaire. En janvier 2026, c’était le Grinch, en Méditerranée.

Ces pétroliers constituent ce que les experts appellent la « flotte fantôme » russe : des centaines de navires qui permettent à Moscou de contourner les sanctions occidentales liées à la guerre en Ukraine. Ils changent de nom, de pavillon, de propriétaire apparent — parfois plusieurs fois en quelques semaines.

Le Royaume-Uni a participé au suivi du Deyna avant l’intervention française, confirmant la dimension coordonnée de l’opération au sein des alliés.

Macron parle de « profiteurs de guerre »

Emmanuel Macron a réagi publiquement à l’arraisonnement.

« Ces bateaux qui contournent les sanctions internationales et violent le droit de la mer sont des profiteurs de guerre », a déclaré le président. « Ils cherchent à engranger des profits et financent l’effort de guerre russe. »

Ces mots forts traduisent la volonté française de renforcer la pression sur les circuits de financement du conflit ukrainien, à travers des actions concrètes en mer.

Un enjeu stratégique croissant

La traque des pétroliers fantômes est devenue un volet à part entière de la politique de sanctions contre la Russie. Difficile à mener — les navires jouent sur les pavillons de complaisance et les sociétés-écrans —, elle mobilise de plus en plus de moyens navals en Europe.

La France se positionne désormais comme l’un des acteurs les plus actifs dans cette lutte. Trois opérations en moins de six mois, c’est un signal politique autant qu’une opération de droit maritime.

Le Deyna et son équipage se trouvent désormais sous la main de la justice française, dans l’attente de la suite des procédures.

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