Alors que le sort du magazine 60 millions de consommateurs est suspendu à un décret de liquidation imminente, les titres du pôle science de LVMH traversent également une zone de turbulences sociales. L’AJSPI dénonce une vision purement comptable qui fragilise durablement la diffusion des savoirs en France.
Le paysage médiatique scientifique français vacille sur ses bases. Dans une tribune publiée ce week-end, l’Association des journalistes scientifiques de la presse d’information (AJSPI) tire la sonnette d’alarme sur la situation critique de plusieurs titres emblématiques. Entre désengagement de l’État et restructurations privées brutales, c’est toute une expertise journalistique qui se retrouve menacée de disparition.
Un fleuron du service public au bord du gouffre
Le cas de 60 millions de consommateurs cristallise les inquiétudes les plus vives. L’Institut national de la consommation (INC), qui édite le célèbre mensuel, a été condamné à la liquidation par le budget 2026. Sans aucune solution de maintien sérieuse proposée par le gouvernement, le titre pourrait tout simplement s’éteindre d’ici le 31 mars prochain.
L’absence de publicité, garant de l’indépendance historique du magazine, rend une reprise par le secteur privé particulièrement complexe. Pour les professionnels du secteur, la fin de ce titre acterait la perte d’un outil de protection et d’information indispensable aux citoyens, au moment même où les enjeux de consommation deviennent cruciaux.
Le patrimoine scientifique face à l’austérité
De l’autre côté du spectre médiatique, les rédactions de Sciences et Avenir et de La Recherche ne sont pas mieux loties. Depuis le rachat des titres par le pôle média de LVMH, une atmosphère de défiance s’est installée. L’ouverture d’une clause de cession a déjà poussé de nombreux journalistes vers la sortie, affaiblissant des rédactions historiques nées respectivement en 1947 et 1970.
Le nouvel actionnaire fait peser une pression financière sans précédent sur ces publications. Les syndicats craignent que ces titres ne soient sacrifiés ou revendus si les objectifs d’économies drastiques ne sont pas atteints rapidement. Cette logique de rentabilité immédiate semble ignorer la valeur démocratique de l’information scientifique, pourtant essentielle pour éclairer les débats sur le climat, la santé ou l’énergie.
Un bien commun sacrifié
Pour l’AJSPI, ce double mouvement marque une dérive dangereuse où la science devient une simple variable d’ajustement économique. À l’heure où la désinformation se multiplie en ligne, l’affaiblissement des médias de référence laisse le champ libre aux théories infondées.
Les journalistes scientifiques appellent désormais à un sursaut collectif pour préserver ces titres qui constituent, selon eux, un véritable « bien commun ». La question est désormais de savoir si la souveraineté scientifique de la France peut survivre à une telle érosion de ses moyens de diffusion.
