La start-up américaine Starcloud a levé 250 millions de dollars, environ 230 millions d’euros, pour développer des data centers en orbite, a annoncé l’entreprise jeudi 21 août. Nvidia figure parmi les investisseurs de ce tour de table qui valorise Starcloud à 2,3 milliards de dollars. L’objectif affiché : faire tourner l’intelligence artificielle directement depuis l’espace, où l’énergie solaire est disponible sans interruption.
L’essentiel
- Starcloud lève 250 millions de dollars (environ 230 M€), portant sa valorisation à 2,3 milliards de dollars
- Nvidia investit 25 millions de dollars dans ce tour mené par Manhattan West Ventures
- Les satellites Starcloud-2 doivent être lancés en 2027, avant une constellation plus large dans les années 2030
- La start-up française Alatyr développe un projet similaire, avec un angle souveraineté pour l’Europe
Le principe : des satellites truffés de puces d’intelligence artificielle, qui effectuent leurs calculs en orbite plutôt que dans un hangar climatisé au sol.
Starcloud avance un argument simple : dans l’espace, le soleil brille en permanence et la chaleur des processeurs se dissipe directement dans le vide, sans climatisation.
L’entreprise revendique jusqu’à 90 % de réduction sur la facture d’électricité et une empreinte carbone dix fois plus faible sur la durée de vie des équipements, par rapport à un data center terrestre classique.
Pourquoi sortir les data centers de la Terre ?
La demande de calcul liée à l’IA explose, et avec elle la consommation d’eau et d’électricité des géants du numérique.
En Ohio, OpenAI et Nvidia viennent d’inaugurer le plus grand data center IA du monde, un site qui illustre l’ampleur des infrastructures désormais nécessaires pour entraîner et faire tourner les modèles.
Au Texas, Amazon a dû construire sa propre centrale à gaz de 7,65 gigawatts rien que pour alimenter ses serveurs dédiés à l’IA.
Ce sont précisément ces contraintes énergétiques que Starcloud, mais aussi Google avec son projet Suncatcher ou encore SpaceX, espèrent contourner en s’installant en orbite.
Le calendrier reste toutefois serré : les premiers déploiements sont attendus pour 2027-2028, et une véritable montée en puissance seulement dans les années 2030 si les essais pilotes concluants le confirment.
La France et l’Europe misent aussi sur l’orbite
Le pari n’est pas réservé aux Américains. La start-up française Alatyr, fondée par Emeric Lhomme, développe des plateformes orbitales modulaires capables d’embarquer puces IA et panneaux solaires, avec un accent mis sur les applications sensibles : défense, observation de la Terre, données critiques.
Le projet européen ASCEND, porté par Thales Alenia Space, explore la même piste, dans une logique affichée de souveraineté numérique face à la domination des clouds américains.
Cette bascule vers l’orbite soulève aussi des questions inédites pour les régulateurs européens : le RGPD et l’AI Act encadrent strictement la localisation et le traitement des données, un cadre pensé pour des serveurs terrestres qui n’anticipe pas encore l’hébergement de calculs dans l’espace.
Ces prochains lancements français s’inscrivent dans une actualité spatiale chargée : Ariane 6 doit décoller de Kourou le 27 août pour sa première mission géostationnaire, un signe de la montée en cadence du secteur spatial européen.
Des obstacles techniques loin d’être réglés
Sur le papier, l’idée séduit. Dans les faits, les défis restent nombreux.
Une fois en orbite, le matériel ne peut plus être réparé facilement : il doit résister aux radiations cosmiques, aux écarts de température extrêmes et aux vibrations du lancement, sans possibilité de maintenance classique.
Autre paradoxe : évacuer la chaleur dans le vide spatial exige des radiateurs sophistiqués, alors même que l’argument de vente initial était la dissipation thermique gratuite.
S’ajoute la question des lanceurs. Le programme Falcon 9 de SpaceX doit s’arrêter en 2028, et les fusées concurrentes, New Glenn de Blue Origin, Vulcan de ULA ou Neutron de Rocket Lab, ne volent pas encore à un rythme suffisant.
« Le lancement est aujourd’hui un vrai goulot d’étranglement », a résumé Philip Johnston, le patron de Starcloud, cité par TechCrunch.
De quoi rappeler que l’IA, avant de conquérir l’espace, doit d’abord composer avec les limites bien terrestres de l’industrie spatiale.


