IA militaire : Google dit oui au Pentagone, Anthropic non

Stéphane Larue
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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Google a conclu un accord confidentiel avec le Département américain de la Défense (DoD) pour déployer ses modèles d’intelligence artificielle Gemini sur des réseaux militaires classifiés. L’entreprise s’engage à autoriser « tous les usages légaux », une formulation quasi identique à celle qu’Anthropic avait refusé de signer. Près de 950 salariés de Google ont signé une pétition interne pour s’y opposer.

C’est un tournant dans la course à l’IA militaire. Google a officialisé fin avril 2026 un partenariat avec le Pentagone permettant au Département de la Défense d’accéder à ses modèles Gemini pour des opérations classifiées. L’accord, révélé par Reuters le 16 avril puis confirmé par le chef de l’IA du Pentagone, couvre l’ensemble des applications jugées légales par l’armée américaine, sans garde-fous contraignants.

La décision intervient dans un contexte brûlant : quelques semaines plus tôt, Anthropic avait catégoriquement refusé les mêmes conditions, estimant qu’elles ouvraient la porte à des usages incompatibles avec ses principes éthiques.

Anthropic avait refusé — et en a payé le prix

La startup co-fondée par d’anciens membres d’OpenAI avait posé une condition claire : le Pentagone devait s’engager à ne pas utiliser ses IA pour de la surveillance de masse à l’intérieur des États-Unis ni pour des systèmes d’armes autonomes. Face au refus des militaires d’accepter ces garde-fous, Anthropic a dit non.

La réponse de l’administration a été immédiate et radicale : le DoD a classifié Anthropic comme un « risque pour la chaîne d’approvisionnement », une désignation habituellement réservée aux entreprises étrangères jugées hostiles. Une décision inédite qui a provoqué un choc dans la Silicon Valley, selon les informations de TechCrunch.

Google, OpenAI et xAI se sont alors empressés de combler le vide laissé par Anthropic, chacun signant un accord similaire avec le Pentagone en l’espace de quelques jours. Tous incluent une formulation de bonne intention sur la surveillance et les armes autonomes, mais sans caractère juridiquement contraignant.

950 employés de Google contre le deal

En interne, la pilule a du mal à passer. Plus de 950 salariés de Google, dont des chercheurs de DeepMind et une vingtaine de directeurs, ont adressé une lettre ouverte au PDG Sundar Pichai pour lui demander de rejeter tout déploiement de Gemini sur les réseaux militaires classifiés. Ils qualifient l’accord d’« inhumain » dans leur pétition publiée par Euronews.

Ce n’est pas la première fois que des employés de Google se dressent contre des contrats militaires. En 2018, le projet Maven — une collaboration avec le Pentagone sur la reconnaissance d’images pour des drones — avait déjà provoqué des démissions en masse et forcé Google à ne pas renouveler le contrat. Meta fait également face à des tensions internes sur l’IA, mais la dynamique est différente.

OpenAI et xAI ont également signé

Google n’est pas seul dans cette démarche. OpenAI a signé son propre accord avec le DoD dès les premiers jours de la crise Anthropic. xAI, l’entreprise d’Elon Musk, a elle aussi rejoint le mouvement. Ces trois acteurs forment désormais un trio de fournisseurs d’IA pour les opérations militaires américaines.

La différence avec Anthropic reste toutefois notable sur le plan symbolique. Là où Google, OpenAI et xAI ont choisi l’expansion commerciale, Anthropic a préféré défendre une ligne éthique — quitte à en subir les conséquences économiques et politiques. Un choix qui relance le débat sur la place des garde-fous dans l’IA à l’heure où les États se dotent de capacités militaires autonomes.

À retenir
  • Google a signé un accord avec le Pentagone pour déployer Gemini sur des réseaux classifiés
  • Anthropic avait refusé par principe, et a été classifié « risque d’approvisionnement » par le DoD
  • 950 employés de Google s’y opposent, dont des chercheurs DeepMind
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.