Samsung a annoncé le retrait de plusieurs applications de ses téléviseurs connectés après une enquête de TechCrunch. Ces applis, dont un simple jeu Pac-Man mis en avant par la marque, transformaient discrètement les téléviseurs en points de sortie pour un réseau de proxy résidentiel. Des inconnus pouvaient ainsi faire transiter leur trafic internet via la connexion des utilisateurs, à leur insu.
L’essentiel
- Des applis Samsung Smart TV, dont un jeu Pac-Man, contenaient un code de proxy résidentiel
- Le fournisseur identifié, Bright Data, s’en servait notamment pour scraper LinkedIn et collecter des données destinées à l’IA
- Samsung a restreint les nouvelles inscriptions et retire les applications concernées
- LG avait fait le même constat en juillet : 42 % de ses applis contenaient ce type de code
Le principe est simple, mais discret. Une application anodine embarque, en arrière-plan, le code d’un fournisseur de proxy résidentiel.
Le téléviseur devient alors un « nœud de sortie » : la connexion internet du foyer est mise à disposition d’inconnus, qui font transiter leur trafic web à travers elle. Le tunnel reste actif même après la fermeture de l’application, selon les chercheurs cités par TechCrunch.
Un jeu Pac-Man mis en avant par Samsung
L’un des cas les plus frappants concerne une application classée dans la sélection « Editor’s Choice » de Samsung : un simple jeu Pac-Man, revendiquant des installations sur des centaines de millions de téléviseurs.
Le chercheur Harrison Sand résume le problème : ce qui a été validé lors de la revue de l’application n’est pas nécessairement ce qui s’exécute réellement une fois installée, l’appli allant chercher du code externe après coup.
Le fournisseur identifié derrière plusieurs de ces intégrations est Bright Data, société israélienne spécialisée dans les proxys résidentiels. Son responsable marketing, Yanay Sela, a refusé de préciser la part de ses clients suspendus depuis l’affaire. Ce réseau servait notamment à scraper LinkedIn et à collecter des données pour l’entraînement de modèles d’IA.
Samsung restreint les nouvelles applications, LG déjà concerné
Contacté début août par TechCrunch, Samsung a réagi rapidement. La marque coréenne affirme avoir déjà restreint les nouvelles inscriptions d’applications intégrant ce type de proxy, et travailler au retrait des applis déjà en ligne.
Ce n’est pas un cas isolé. Une coalition inédite pour sécuriser les agents IA s’est d’ailleurs formée cet été, signe que l’industrie tech prend progressivement la mesure des angles morts de sécurité liés à la collecte de données.
LG avait fait le même constat dès juillet 2026 : une vérification interne avait révélé que 42 % de ses applications pour téléviseurs connectés embarquaient du code de proxy résidentiel, avant un nettoyage similaire de sa boutique d’applications.
Pourquoi ces réseaux de proxy intéressent tant l’IA
Les fournisseurs de proxy résidentiel comme Bright Data vendent un accès à des adresses IP domestiques, jugées plus crédibles que celles de centres de données pour contourner les blocages anti-scraping des sites web.
Avec la ruée vers les données d’entraînement pour les modèles d’intelligence artificielle, la demande pour ce type d’infrastructure a explosé, quitte à recruter, sans le dire clairement, la connexion internet de millions de foyers via des applications grand public.
Pour un téléspectateur français équipé d’un modèle Samsung, difficile de savoir a priori si son téléviseur est concerné : aucune alerte visible n’apparaît à l’écran, et l’application continue de fonctionner normalement.
La seule protection concrète reste, pour l’instant, la vigilance de Samsung et LG sur leurs propres boutiques d’applications — un chantier qui rappelle que cette IA jugée trop risquée pour la cybersécurité n’est pas le seul angle mort que l’essor de l’IA fait apparaître dans nos objets connectés.


