Dans la nuit du 30 avril au 1er mai, des millions d’Européens célèbrent Walpurgis, une fête ancestrale qui marque la fin de l’hiver. Entre feux de joie, défilés costumés et bals populaires, cette tradition millénaire reste vivace de l’Allemagne à la Suède. Pendant que la France prépare sa Fête du Travail, ses voisins dansent dans l’obscurité.
Une fête plus ancienne que le christianisme
La Nuit de Walpurgis tire officiellement son nom de sainte Walburge, une abbesse saxonne du VIIIe siècle, canonisée le 1er mai 779. Mais ses racines plongent bien plus loin : avant le christianisme, cette date marquait Beltaine, la grande fête celtique du feu et de la fertilité, quand les bergers allumaient des bûchers pour protéger leurs troupeaux et appeler le printemps.
Les Romains célébraient les Floralies en l’honneur de Flore, déesse des fleurs. Autant de traditions qui se sont superposées au fil des siècles pour donner naissance à l’une des nuits les plus animées du calendrier européen. L’histoire du 1er mai en France porte d’ailleurs la trace de ces couches successives.
L’Allemagne : sorcières du Brocken et Tanz in den Mai
En Allemagne, la Walpurgisnacht a une saveur particulière dans la région du Harz, ce massif boisé d’Allemagne centrale. Le mont Brocken, son point culminant, est associé depuis des siècles au sabbat des sorcières. Chaque 30 avril, des milliers de visiteurs s’y retrouvent déguisés en sorcières et diables.
Ailleurs dans le pays, c’est le Tanz in den Mai — littéralement « danser vers le mois de mai » — qui règne dans les bars, salles communales et parcs. Une façon festive de chasser les mauvais esprits de l’hiver, quand le muguet et les manifs prendront le relais dès le lendemain matin.
La Suède : Valborg, la grande fête étudiante
En Suède, Valborgsmässoafton — Valborg pour les intimes — est peut-être la manifestation la plus spectaculaire. Le 30 avril, des dizaines de milliers d’étudiants se rassemblent dans les villes universitaires pour fêter le printemps avec une ferveur déconcertante.
À Uppsala, les étudiants se séparent de leurs casquettes d’hiver devant la rivière Fyris avant que les feux de joie ne s’allument au coucher du soleil. À Lund, le parc Stadsparken accueille environ 25 000 personnes pour des chants choraux et des discours. À Göteborg, le cortège de véhicules artisanaux « Cortègen » sillonne la ville depuis 1909.
Finlande, Estonie, République tchèque : chacun sa flamme
La fête traverse les frontières avec des formes différentes. En Finlande, le Vappu combine printemps et célébration des diplômés autour du sima, une boisson de miel pétillante. En Estonie, des feux de joie brûlent dans les campagnes. En République tchèque, on brûle des sorcières de paille — Pálení čarodějnic — pour symboliser la victoire du printemps.
Ces traditions diffèrent dans leur forme, mais partagent toutes la même intention : clore une saison et en ouvrir une autre. Ce qui change au 1er mai 2026 en France s’inscrit dans ce même élan de renouveau.
Et la France dans tout ça ?
La France a largement abandonné les célébrations nocturnes du 30 avril, au profit du 1er mai diurne avec son muguet et ses défilés. Quelques régions, notamment en Alsace et en Lorraine, ont conservé des traces de la tradition germanique des feux de printemps. Le « Mây » lorrain — un grand feu accompagné de rondes — en est la survivance la plus connue.
Ce soir, pendant que les feux s’allument de Hambourg à Helsinki, la France se couche tôt pour retrouver dès demain ses brins de muguet et ses cortèges du 1er mai.
À retenir
- La Nuit de Walpurgis est célébrée le 30 avril en Allemagne, Suède, Finlande et dans plusieurs pays d’Europe centrale.
- Elle trouve ses origines dans des fêtes celtiques et romaines liées au retour du printemps, antérieures au christianisme.
- En Suède, Valborg rassemble jusqu’à 25 000 étudiants autour de feux de joie dans les villes universitaires.
