Le canadien Cohere a officialisé vendredi son rapprochement avec l’allemand Aleph Alpha. La nouvelle entité, valorisée 20 milliards de dollars, ambitionne d’incarner la première grande alternative à OpenAI, Anthropic et Google pour les gouvernements et les industries soumises à des règles strictes en Europe et au Canada.
L’opération, dévoilée le 24 avril, se traduit par une fusion plutôt que par un simple rachat. Cohere conservera son nom, son siège canadien et 90 % du capital de l’ensemble combiné ; les actionnaires d’Aleph Alpha, dont le distributeur Schwarz Group (Lidl, Kaufland), héritent des 10 % restants. Le groupe allemand investit en parallèle 600 millions de dollars dans le tour de table Series E du nouvel ensemble.
Une réponse européenne à la dépendance américaine
Le terme « IA souveraine » revient dans chaque déclaration. Il désigne des systèmes que les États, les administrations et les entreprises peuvent exploiter sans confier leurs données aux infrastructures de Microsoft, Google ou Amazon. Berlin et Ottawa soutiennent ouvertement le projet. Pour les deux capitales, l’enjeu dépasse le commercial : il s’agit de réduire la dépendance technologique vis-à-vis des géants américains, alors que l’AI Act européen impose désormais des obligations renforcées sur la traçabilité des modèles.
Le nouvel ensemble visera en priorité les secteurs régulés : finance, défense, énergie, santé, télécoms, secteur public. Aleph Alpha apporte ses contrats institutionnels en Allemagne et son expertise en recherche, Cohere son modèle de langage Command et son expérience commerciale auprès des grands comptes nord-américains.
Schwarz Group, partenaire industriel inattendu
Le rôle du distributeur allemand mérite l’attention. Le groupe propriétaire de Lidl pousse depuis plusieurs années sa filiale Schwarz Digits, qui exploite le cloud souverain Stackit. La fusion garantit à Stackit un client de poids : une partie des modèles de la nouvelle entité tournera sur cette infrastructure européenne. Pour le retailer, c’est un moyen de transformer son cloud captif en plateforme commerciale crédible face à Azure ou Google Cloud.
Les questions qui restent
Reste à voir si l’ensemble pourra rivaliser techniquement avec les modèles frontières américains, dont les capacités ont fait un nouveau bond ces dernières semaines avec GPT-5.5 et les annonces de Google. La fusion devra aussi convaincre les grands comptes français : Mistral, le champion tricolore, occupe déjà une partie du créneau européen.
