Stéphane Larue
Médias

Legend – Vivre avec 30 identités : les moments les plus bouleversants et inattendus de l’interview d’Ava

Legend – Vivre avec 30 identités : les moments les plus bouleversants et inattendus de l’interview d’Ava

Imaginez partager votre corps avec une trentaine d’autres personnes, chacune ayant son propre âge, son genre, ses goûts et même ses opinions politiques. C’est le quotidien d’Ava (née Lola), une jeune femme atteinte du Trouble Dissociatif de l’Identité (TDI), qui s’est confiée sur la chaîne YouTube LEGEND. Accompagnée par les explications de la professeure Coraline Hingray, psychiatre experte du psychotrauma, cette interview a levé le voile sur une pathologie spectaculaire, souvent mal comprise et stigmatisée.

Voici les moments les plus importants et les plus étonnants de son témoignage.

1. Des opinions politiques opposées dans un même corps

L’un des faits les plus surprenants du TDI d’Ava est la diversité de ses « altères » (états alternatifs de conscience). Ses identités ont entre 5 et 36 ans, et comprennent aussi bien des hommes que des femmes. Mais cela va beaucoup plus loin : ses altères n’ont pas les mêmes opinions politiques ni les mêmes croyances religieuses. Par exemple, une de ses identités, Anne, est de confession anglicane, tandis que d’autres sont athées.

Plus étonnant encore, Ava est obligée de voter par procuration. Pourquoi ? Parce qu’elle craint de subir un changement d’identité (« switch ») le jour du vote et que l’altère aux commandes, n’étant pas d’accord avec ses choix, en profite pour voter pour un autre candidat !

2. Le sabotage de son couple en tant que « spectatrice »

Avant d’être diagnostiquée et de comprendre son trouble, Ava a vécu des situations terrifiantes. L’une des plus marquantes s’est déroulée lors d’un appel vidéo avec son petit ami. Elle a soudainement perdu le contrôle de son corps, restant bloquée en « coconscience ».

Elle voyait et entendait tout, mais c’est un de ses altères qui a pris la parole pour insulter son copain, lui dire qu’elle ne l’avait jamais aimé et qu’elle l’avait trompé, dans le but de détruire la relation. Ava raconte ce moment comme l’un des plus effrayants de sa vie : « Tout sort de ma bouche sans que je fasse rien […] J’ai eu l’impression d’être possédée ».

3. La déconnexion physique : la main dans l’eau bouillante

La dissociation, qui est le mécanisme au cœur de ce trouble, peut provoquer une analgésie, c’est-à-dire une perte totale de la sensation de douleur. Ava a partagé une anecdote glaçante : alors qu’elle préparait à manger en « pilote automatique », elle a plongé sa main directement dans une casserole d’eau bouillante pour y mettre des pâtes.

Elle ne s’en est rendu compte qu’en sortant la main de l’eau, en voyant sa peau rouge et gonflée, moment où la douleur est finalement réapparue. Comme l’explique le Dr Hingray, cette anesthésie physique est un mécanisme de survie du cerveau, très fréquent lors d’événements traumatiques.

4. L’apparition en direct de Saul, « l’altère poubelle »

Au cours de l’interview, suite à l’évocation d’un sujet très difficile (le suicide), Ava « switch » en direct et laisse place à Saul. L’attitude, la manière de parler et le regard de la jeune femme changent. Saul se présente : il a 21 ans, c’est un garçon, et il a un rôle crucial mais tragique dans le système d’Ava.

Il se décrit lui-même comme « l’altère poubelle » : c’est lui qui garde tous les souvenirs des traumatismes subis pendant l’enfance pour épargner les autres identités. Dans leur « inner world » (le monde intérieur imaginé par le cerveau où vivent les altères), Saul est assis dans un dôme de roses où il visionne les souvenirs traumatiques en boucle, assumant seul cette souffrance.

5. Une pathologie très fréquente, mais ignorée par les médecins

Le TDI n’est pas un effet de mode venu des réseaux sociaux, ni une invention du film Split (qu’Ava juge d’ailleurs être une très mauvaise représentation de sa maladie). Selon le Dr Hingray, c’est un véritable mécanisme de protection du cerveau face à des traumatismes répétés (violences, maltraitances, abus) subis dans l’enfance.

Le chiffre le plus choquant de cette interview vient de la science : les études mondiales estiment que 1,5 % à 3,7 % de la population souffre de TDI. Pourtant, en France, seuls 183 patients ont été diagnostiqués en 2023. Ce retard colossal s’explique notamment par le fait que 50 % des psychiatres français n’y croient pas, par manque de formation. Les patients errent souvent pendant des années, accumulant jusqu’à cinq mauvais diagnostics (schizophrénie, bipolarité…) avant d’être pris au sérieux.

En conclusion : Un message d’espoir

Malgré l’horreur des violences subies et le handicap lourd que représente ce trouble au quotidien, le message d’Ava est profondément porteur d’espoir. Elle est aujourd’hui maman d’un petit garçon de près de deux ans, en couple, et veille à briser le cycle de la violence. Elle se bat publiquement pour prouver que les personnes atteintes de troubles mentaux ne sont pas dangereuses et ont, elles aussi, le droit au bonheur, à une famille et à une vie digne.

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