Stéphane Larue
Actus

Ozempic, Wegovy et Mounjaro ne sont pas ‘l’aspirine de l’obésité’ malgré leur efficacité contre la maladie chronique

Ozempic, Wegovy et Mounjaro ne sont pas ‘l’aspirine de l’obésité’ malgré leur efficacité contre la maladie chronique

Les médicaments Ozempic, Wegovy et Mounjaro, originellement pour le diabète, suscitent de grands espoirs pour les patients atteints d’obésité en France et à l’étranger. Bien qu’efficaces pour la perte de poids, ces traitements, souvent mis en avant par des influenceurs, ne constituent pas une solution universelle et posent des questions sur leur durabilité et leur accessibilité financière.

Des molécules aux applications spécifiques contre le diabète et l’obésité

En France, l’obésité touche près de 10 millions d’adultes, représentant 18,1% de la population en 2024, selon la Ligue contre l’obésité. Le diabète de type 2, une autre maladie chronique, concerne plus de 4,3 millions de Français.

L’Ozempic, nom commercial du sémaglutide fabriqué par le laboratoire danois Novo Nordisk, est principalement prescrit pour les patients atteints de diabète de type 2. Le Wegovy, qui utilise la même molécule et provient de la même entreprise, est spécifiquement indiqué pour le traitement de l’obésité.

Le Mounjaro, produit par le laboratoire américain Eli Lilly, contient une molécule différente, le tirzépatide. Ce médicament peut être prescrit pour stabiliser le diabète de type 2 chez les personnes ne répondant plus aux traitements actuels, et également pour l’obésité.

Les sociétés savantes spécialistes de l’obésité insistent sur le fait que ces traitements médicamenteux sont une option thérapeutique efficace uniquement « en complément des mesures diététiques, comportementales, en activité physique et soutien psychologique si nécessaire ». Ils doivent être prescrits à des patients ayant déjà bénéficié d’une prise en charge nutritionnelle et comportementale de six mois sans atteindre leurs objectifs.

Un mécanisme d’action ciblé sur la satiété et la glycémie

Ces molécules sont administrées une fois par semaine via une injection auto-administrée. Leur mode d’action repose sur la reproduction de l’effet de l’hormone intestinale GLP-1 (glucagon-like peptide 1), influençant directement la sensation de faim et la satiété, tout en régulant le taux de sucre dans le sang.

Une distinction majeure entre l’Ozempic et le Wegovy se trouve dans leur dosage, le premier étant de 1 mg par semaine et le second de 2,4 mg par semaine. Le tirzépatide (Mounjaro) agit différemment en imitant non seulement le GLP-1, mais aussi le GIP (polypeptide insulinotrope glucosé), une autre hormone intestinale qui stimule la production d’insuline et contrôle l’appétit.

Une efficacité confirmée pour la perte de poids et la santé cardiovasculaire

L’efficacité de ces traitements a été confirmée par des études. Le sémaglutide a montré une réduction moyenne du poids corporel de 15% chez les patients, selon une étude publiée en novembre 2023 dans The New England Journal of Medicine. Cette étude a aussi mis en évidence une diminution des risques d’événements cardiovasculaires majeurs, comme l’infarctus ou l’AVC.

Le tirzépatide s’est révélé encore plus efficace, entraînant une perte pouvant atteindre 20% de la masse corporelle initiale en six mois à un an. Le professeur Jean-Michel Oppert, chef du service nutrition à la Pitié Salpêtrière à Paris, qualifie cette performance d' »absolument indiscutable ». Des recherches menées en mai 2025, également publiées dans The New England Journal of Medicine, ont confirmé que le tirzépatide permettait une perte de poids supérieure à celle du sémaglutide.

Les résultats de ces molécules sont comparables en magnitude à ceux obtenus par la chirurgie bariatrique (sleeve ou bypass), mais avec une approche beaucoup moins invasive. Contrairement aux médicaments amincissants antérieurs, qui entraînaient des pertes de poids plus faibles et des effets indésirables ayant conduit à leur retrait, ces nouvelles molécules présentent moins d’effets secondaires graves.

Effets secondaires et usages détournés : les mises en garde des autorités

Malgré les bénéfices, ces médicaments ne sont pas sans inconvénients. Les effets indésirables les plus fréquents sont gastro-intestinaux : nausées, vomissements, constipation ou diarrhée. Un risque de pancréatite, une inflammation du pancréas potentiellement mortelle, a également été identifié.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) étudie actuellement d’autres effets graves, notamment des cas d’occlusion intestinale et de gastroparésie (ralentissement de la vidange de l’estomac). L’ANSM a comptabilisé « 36 cas d’effets indésirables liés à un mésusage pour perdre du poids, dont 25 cas graves », une majorité étant liée à des médicaments acquis en dehors du circuit médical via des proches, l’étranger ou internet.

Des carences nutritionnelles « importantes » ont été observées par l’ANSM, incluant des insuffisances en fer et un « déficit sévère en vitamine B1 » pouvant causer des atteintes neurologiques. L’agence a aussi relevé « une perte de masse musculaire potentiellement plus conséquente que lors d’un régime traditionnel ».

Le défi de la durabilité des bénéfices et l’incertitude du long terme

Les bénéfices de ces traitements s’avèrent peu durables après leur arrêt. Une étude publiée début janvier dans le British Medical Journal a montré qu’en moyenne, les patients reprenaient leur poids initial 19 mois après la dernière injection. Cette reprise de poids est « plus rapide » qu’après l’interruption d’un régime classique et d’un programme d’activité physique.

Les améliorations sur les taux de glucose, de cholestérol ou la pression artérielle disparaissent dans les 16 mois suivant l’arrêt des médicaments. Le professeur Jean-Michel Oppert explique que l’effet de ces molécules est un « freinage », et que l’arrêt entraîne une reprise de poids « mécanique ». La professeure Karine Clément, de l’Inserm, affirme que « ces médicaments sont une aide, mais ils ne permettent pas de guérir de la maladie ».

Le manque de recul à long terme (cinq à sept ans) sur ces traitements est une préoccupation majeure, contrairement à la chirurgie bariatrique qui bénéficie de plus de vingt ans de suivi. En 2024, l’ANSM avait déjà recommandé de poursuivre la « surveillance d’effets indésirables à long terme », tels que les risques de cancers thyroïdiens ou gastro-intestinaux, encore peu connus ou très rares.

Le coût élevé et les enjeux de remboursement en France

En France, une boîte d’Ozempic est vendue 77,60 euros et contient de quoi réaliser cinq injections, d’après le ministère de la Santé. Actuellement, ce traitement est remboursé par l’Assurance-maladie uniquement pour les 870 000 patients atteints de diabète de type 2, sous prescription médicale.

Contrairement à l’Ozempic, le Wegovy et le Mounjaro ne sont pas pris en charge par l’Assurance-maladie. Leurs prix sont fixés librement et varient entre 250 et 350 euros par mois, selon le Centre de l’obésité et de la nutrition, bien que la Haute Autorité de santé (HAS) ait émis des avis favorables à leur remboursement en décembre 2025.

Le remboursement généralisé de ces traitements poserait un défi financier considérable. La HAS a évalué l’impact budgétaire du remboursement du Wegovy pour 1 888 000 patients à environ 2,8 milliards d’euros sur trois ans. Jean-Michel Oppert estime qu’un « remboursement pour tout le monde » est impossible, car cela « ferait exploser le budget de la France », soulignant l’inégalité d’accès pour les patients les plus démunis.

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