Trois départements de l'Ouest restent prisonniers des eaux ce samedi alors que des éléments naturels se liguent pour interdire tout retour à la normale.
La situation défie la patience des sinistrés du Finistère. Alors que les regards sont braqués sur le niveau des cours d'eau, une anomalie hydraulique maintient les jauges à un niveau critique.
L'eau refuse tout simplement de s'évacuer.
Ce phénomène de stagnation, particulièrement visible à Quimperlé, trouve son origine non pas dans le ciel, mais au large. L'Océan Atlantique s'est transformé en barrage naturel.
Avec des vagues atteignant 10 mètres de haut et des rafales de vent pointant à 140 km/h, la mer repousse littéralement les fleuves côtiers comme la Laïta.
C'est un bras de fer physique.
Le flux naturel de la rivière est bloqué par la houle, créant un effet "bouchon" qui empêche l'écoulement vers l'estuaire et maintient les villes en amont sous la menace.
Une géologie locale qui ne peut plus rien absorber
Ce blocage maritime se combine à un autre facteur aggravant sur la terre ferme.
Le sol breton a atteint son point de rupture.
Comme le souligne Ludovic Lagrange, spécialiste des prévisions météo, la saturation est totale. La géologie spécifique de la région fait que la terre, gavée par des semaines de précipitations ininterrompues, n'agit plus comme une éponge mais comme une surface imperméable.
Le ruissellement est immédiat.
Dans le Morbihan et l'Ille-et-Vilaine, chaque nouvelle goutte d'eau vient s'ajouter aux volumes existants sans aucune possibilité d'infiltration, aggravant instantanément les crues de l'Oust.
L'attente angoissante d'un nouvel épisode pluvieux
Sur le terrain, cette stagnation joue avec les nerfs des habitants et des commerçants.
À Josselin, la stratégie est désormais celle de la survie économique. Face à des prévisions annonçant de nouvelles pluies copieuses pour la semaine prochaine, l'heure n'est plus au nettoyage, mais à l'élévation.
Au restaurant "Rive Gauche", Audrey Guilleron a dû surélever l'intégralité de ses équipements professionnels.
Le scénario est redouté par tous : une montée des eaux par paliers, sans véritable décrue intermédiaire. Des conserveries aux habitations particulières, les sacs de sable restent en place, tandis que la vigilance orange continue de figer la région dans une attente interminable.
