Stéphane Larue
Médias

Paramount Skydance rachète Warner Bros Discovery pour 110 milliards de dollars et redessine le marché du divertissement

Paramount Skydance rachète Warner Bros Discovery pour 110 milliards de dollars et redessine le marché du divertissement

Le groupe Paramount Skydance va racheter l’intégralité de Warner Bros Discovery (WBD) pour 31 dollars par action, soit 110 milliards de dollars dette comprise. L’accord définitif, signé ce vendredi 27 février, met fin à plusieurs mois de guerre d’enchères avec Netflix, qui a renoncé à surenchérir la veille.

La plus grande opération de fusion de l’histoire récente d’Hollywood prend forme. Les conseils d’administration des deux groupes ont approuvé la transaction à l’unanimité, avec une finalisation prévue au troisième trimestre 2026.

Un nouveau géant du divertissement mondial

Le rapprochement entre Paramount et Warner Bros Discovery donnera naissance à un mastodonte réunissant les studios Warner Bros et Paramount Pictures, les plateformes de streaming HBO Max et Paramount+, la chaîne d’information CNN, le réseau CBS et un catalogue de plus de 15 000 titres. Des franchises aussi diverses que Game of Thrones, Mission Impossible, Harry Potter, l’univers DC, Star Trek ou Le Parrain se retrouveront sous le même toit.

L’acquisition sera financée par 47 milliards de dollars en fonds propres, apportés par la famille Ellison et RedBird Capital Partners, et par 54 milliards de dollars de dette garantis par Bank of America, Citigroup et Apollo. Larry Ellison, père du PDG de Paramount David Ellison et milliardaire fondateur d’Oracle, a fourni une garantie personnelle irrévocable de 43,3 milliards de dollars couvrant l’ensemble du financement en capital, selon le communiqué officiel de Paramount. Des fonds souverains d’Arabie saoudite, du Qatar et d’Abou Dhabi participent également au tour de table.

Les deux entreprises estiment que la fusion générera plus de 6 milliards de dollars d’économies grâce à la rationalisation des opérations et à l’intégration technologique. Si la transaction n’est pas finalisée d’ici le 30 septembre 2026, les actionnaires de WBD recevront 0,25 dollar par action et par trimestre de retard. En cas de blocage réglementaire, Paramount s’est engagé à verser une indemnité de rupture de 7 milliards de dollars.

Netflix écarté après un bras de fer de plusieurs mois

Le retrait de Netflix, annoncé jeudi 26 février, a ouvert la voie à Paramount. Le géant du streaming disposait d’un accord signé en décembre avec WBD portant sur les seuls actifs de studios et de streaming, à 27,75 dollars par action (environ 83 milliards de dollars). Mais le conseil d’administration de Warner Bros a jugé l’offre révisée de Paramount, à 31 dollars par action pour l’intégralité du groupe y compris les chaînes câblées, « supérieure ».

Netflix avait quatre jours ouvrés pour s’aligner. Les codirecteurs généraux Ted Sarandos et Greg Peters ont choisi de ne pas le faire. « Cette transaction a toujours été un « nice to have » au bon prix, pas un « must have » à n’importe quel prix », ont-ils déclaré dans un communiqué. Paramount a payé l’indemnité de rupture de 2,8 milliards de dollars que WBD devait à Netflix.

À Wall Street, la réaction a été claire : l’action Netflix a bondi de plus de 12 % jeudi, les investisseurs saluant une discipline financière retrouvée. Paramount a progressé de plus de 23 %.

Un examen réglementaire sous haute tension

La transaction doit encore franchir plusieurs obstacles réglementaires aux États-Unis et en Europe. Le regroupement de CBS News et CNN sous une même entité suscitera l’attention du ministère de la Justice et de la Commission fédérale du commerce. Le procureur général de Californie, Rob Bonta, a annoncé dès jeudi qu’une enquête était déjà ouverte.

Les liens étroits entre la famille Ellison et l’administration Trump pourraient faciliter le parcours fédéral, mais des élus des deux camps ont exprimé leurs inquiétudes quant à la concentration du marché. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren a dénoncé un risque de prix plus élevés et de choix réduits pour les consommateurs. Du côté européen, les autorités antitrust de l’UE ne devraient pas constituer un obstacle majeur, selon Reuters.

Un parallèle historique qui questionne

Ce rapprochement rappelle, par son ampleur, la fusion AOL-Time Warner de 2000, considérée comme l’un des échecs les plus retentissants de l’histoire des médias. Le contexte diffère cependant : là où AOL misait sur des actions surévaluées, Paramount propose du cash adossé à des engagements de dette massifs. Le véritable défi sera l’intégration de deux cultures d’entreprise et le service d’une dette colossale dans un marché du divertissement en pleine mutation.

David Zaslav, PDG de Warner Bros Discovery, a salué un accord qui « créera une valeur phénoménale pour les actionnaires ». Une conférence téléphonique avec les analystes est prévue le lundi 2 mars.

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