L’Italie vient de franchir un cap historique dans la protection des animaux de compagnie. Pour la première fois au monde, un pays reconnaît officiellement le droit des salariés à prendre des congés payés pour s’occuper de leur animal malade ou blessé. Une mesure qui consacre un lien affectif désormais reconnu comme aussi légitime que les raisons familiales classiques.
Tout commence en 2017, à Rome. Une employée de l’université La Sapienza s’absente deux jours pour accompagner son chien souffrant d’une paralysie laryngée, en attente d’une opération chirurgicale. Son employeur refuse de comptabiliser ces jours comme congés payés.
Soutenue par la LAV (Lega Anti Vivisezione), une puissante association italienne de protection animale, elle porte l’affaire devant la justice. L’argument est redoutable.
Le Code pénal italien punit d’un an d’emprisonnement et de 10 000 euros d’amende toute personne qui abandonne un animal ou le laisse dans de graves souffrances. Refuser de soigner son chien n’est donc pas une option légale — mais le faire impliquait de perdre son salaire.
Un tribunal tranche en faveur de la propriétaire
Le juge reconnaît la légitimité de l’absence. Les deux jours manquants sont requalifiés en congés pour « motif personnel grave ou familial » — une catégorie jusqu’alors réservée aux proches humains. C’est une première mondiale.
La décision établit un précédent clair : dans le secteur public en particulier, un salarié peut se prévaloir de l’obligation légale de non-abandon pour justifier son absence auprès de son employeur.
L’assurance santé pour chien et chat, en plein essor en France comme en Europe, illustre combien les propriétaires d’animaux sont prêts à investir pour leur bien-être.
60 millions d’animaux pour 60 millions d’habitants
La décision n’est pas tombée de nulle part. L’Italie compte environ 60 millions d’animaux de compagnie pour 60 millions d’habitants — soit pratiquement un animal par personne.
Chiens, chats, lapins, oiseaux : le lien entre les Italiens et leurs compagnons à quatre pattes est d’une intensité rare en Europe. Cette réalité sociale a trouvé un écho dans l’arène judiciaire.
La jurisprudence reconnaît désormais que l’animal de compagnie peut constituer un « proche » au sens du droit du travail, au même titre qu’un enfant ou un parent.
La loi Brambilla 2025 renforce l’édifice
En juin 2025, l’Italie a franchi un nouveau palier avec la loi Brambilla (loi n° 82), entrée en vigueur le 1er juillet 2025. Ce texte a profondément réformé le droit pénal en matière de protection animale.
Tuer un animal est désormais puni de six mois à trois ans de prison et d’une amende pouvant atteindre 30 000 euros. Les actes de maltraitance peuvent valoir jusqu’à deux ans d’emprisonnement.
Cette législation, parmi les plus sévères d’Europe, renforce la cohérence d’un système où le congé pour soins vétérinaires trouve naturellement sa place.
Et en France, on en est où ?
En France, aucune loi n’accorde ce type de congé. Un salarié qui s’absente pour accompagner son animal chez le vétérinaire risque une absence injustifiée — voire une sanction disciplinaire.
Il peut négocier des RTT ou des jours de récupération, mais aucun cadre légal protecteur n’existe.
La question commence néanmoins à émerger dans certaines entreprises soucieuses de leur attractivité, notamment dans les secteurs tech et startup. Quelques employeurs proposent ce type d’avantage à titre volontaire, sans y être contraints.
La place croissante des animaux dans l’espace public montre à quel point la relation humain-animal bouscule désormais des cadres juridiques pensés il y a des décennies.
Un signal fort pour l’Europe
La décision italienne devrait alimenter le débat dans d’autres pays européens. En Espagne, en Allemagne ou aux Pays-Bas, les droits des propriétaires d’animaux font l’objet d’une attention croissante des législateurs.
L’animal de compagnie n’est plus simplement perçu comme un bien meuble. Il est reconnu comme un être sensible, dont les besoins génèrent des responsabilités légales pour son propriétaire — et potentiellement des droits nouveaux pour les salariés.
En attendant une harmonisation européenne, c’est l’Italie qui montre la voie. Là-bas, laisser souffrir son animal est déjà un délit. Ne pas pouvoir s’en occuper sans perdre sa paie serait une contradiction difficilement défendable.
