Cloudflare a annoncé vendredi le licenciement de 1 100 salariés, soit 20 % de ses effectifs, en invoquant les gains de productivité apportés par l’intelligence artificielle. Une décision sans précédent dans les seize ans d’histoire de la société, prise alors même que ses revenus trimestriels atteignent un niveau record.
La société américaine de sécurité et de performance internet, qui gère le trafic de millions de sites à travers le monde, a publié ses résultats du premier trimestre 2026. Le chiffre d’affaires s’établit à 639,8 millions de dollars, en hausse de 34 % sur un an — un record absolu pour l’entreprise. Pourtant, c’est l’annonce des suppressions de postes qui a retenu toute l’attention des marchés et des observateurs.
Seize ans sans grand licenciement : une première
Matthew Prince, PDG et co-fondateur de Cloudflare, a reconnu lors de la conférence téléphonique avec les analystes que la société n’avait jamais procédé à une telle réduction d’effectifs en seize ans d’existence. Les suppressions touchent l’ensemble des équipes et des zones géographiques, à l’exception des commerciaux disposant de quotas de chiffre d’affaires.
Pour Prince, ces départs ne constituent pas une mesure de réduction des coûts. Ils reflètent, selon lui, une transformation structurelle de la manière dont les entreprises tech créent de la valeur à l’ère de l’IA. « Nous ne faisons pas cela pour réduire les dépenses, mais pour définir ce qu’est une entreprise de croissance de premier plan à l’ère agentique », ont écrit Prince et la directrice des opérations Michelle Zatlyn dans un billet publié sur le blog de l’entreprise.
La perte nette trimestrielle s’établit à 62 millions de dollars, contre 53,2 millions un an plus tôt. Les agents IA autonomes ont, selon lui, rendu obsolètes une large partie des fonctions support qui secondaient les équipes techniques.
Le tournant de novembre 2025
Le PDG a identifié novembre 2025 comme le moment où l’adoption de l’IA en interne a atteint un point de bascule. Les gains de productivité sont devenus trop importants pour être ignorés — certains collaborateurs s’avérant dix, voire cent fois plus efficaces grâce aux outils mis à leur disposition.
En trois mois seulement, l’usage interne de l’IA chez Cloudflare a progressé de plus de 600 %. L’intégralité du code produit par les équipes R&D est désormais révisée par des agents IA autonomes avant d’être déployée en production. Chaque jour, des milliers de sessions avec ces agents sont lancées par des salariés de tous les services, de la RH à la finance en passant par le marketing.
Cette transformation dépasse largement le seul secteur tech : l’IA est désormais utilisée par deux Français sur trois, signe que le basculement touche l’ensemble de l’économie.
Un scénario qui se multiplie dans la tech mondiale
Cloudflare n’est pas seul dans ce cas. Meta, Microsoft et Amazon ont suivi une trajectoire comparable au cours des derniers mois : revenus records, investissements massifs dans l’IA, et suppressions d’emplois présentées comme la conséquence directe des gains d’efficacité.
La question reste posée : ces suppressions reflètent-elles une réelle transformation structurelle, ou constituent-elles une justification commode pour alléger les charges salariales dans un contexte de pression sur les marges ? Prince a répondu à un analyste qui l’interrogeait sur ce paradoxe d’une formule lapidaire, librement traduite : « être en forme ne signifie pas qu’on ne peut pas l’être davantage. »
Dans la compétition mondiale pour la suprématie de l’IA, les entreprises qui adoptent ces technologies le plus rapidement cherchent à signaler aux marchés qu’elles maîtrisent les nouvelles règles du jeu.
Cloudflare a précisé qu’elle entend continuer à recruter, en particulier des profils qui « embrassent » les outils d’IA. Prince a même estimé qu’en 2027, l’entreprise compterait davantage de salariés qu’à n’importe quel moment de 2026.
- Cloudflare supprime 1 100 postes (20 % des effectifs) — premier grand licenciement de son histoire
- Les revenus T1 2026 atteignent 639,8 M$ (+34 %), un record absolu pour la société
- Le PDG Matthew Prince attribue ces suppressions aux gains de productivité de l’IA, pas à une logique d’économies
