La Commission européenne a ordonné à Meta de rouvrir gratuitement l’accès de WhatsApp aux assistants IA concurrents. Le groupe de Mark Zuckerberg a jusqu’à ce lundi 15 juin pour s’exécuter, sous peine d’une amende pouvant atteindre 10 % de son chiffre d’affaires mondial. Une procédure d’urgence inédite depuis dix-sept ans à Bruxelles.
L’essentiel
- Bruxelles impose à Meta de rétablir l’accès gratuit de WhatsApp aux assistants IA rivaux
- Le délai expire le 15 juin, cinq jours ouvrés après la décision du 9 juin
- En cas de refus, l’amende peut grimper jusqu’à 10 % du chiffre d’affaires mondial
- Parmi les plaignants figure la jeune pousse française Agentik
C’est une décision rare. La Commission européenne a adopté le 9 juin une « mesure provisoire » contre Meta, l’obligeant à rouvrir l’interface de WhatsApp Business aux assistants d’intelligence artificielle concurrents.
L’exécutif européen n’avait plus dégainé cet outil juridique depuis dix-sept ans. Il sert à stopper en urgence un comportement jugé dangereux pour la concurrence, avant même la fin de l’enquête.
Concrètement, Meta dispose de cinq jours ouvrés pour rétablir un accès gratuit, aux conditions qui prévalaient avant le verrouillage d’octobre 2025. L’obligation court jusqu’à la clôture de l’instruction, au plus tard en juin 2029.
Pourquoi Bruxelles passe en force
Pour la Commission, Meta occupe une position dominante sur la messagerie en Europe depuis au moins 2023. En fermant WhatsApp aux IA tierces, le groupe aurait protégé son propre assistant, Meta AI, de toute concurrence.
« Sur des marchés qui évoluent vite, la concurrence peut être perdue bien avant la décision finale », a justifié Teresa Ribera, vice-présidente exécutive de la Commission. Les autorités redoutent un dommage « presque impossible à réparer » pour les jeunes acteurs de l’IA.
Le dossier remonte à l’automne. En octobre 2025, Meta a modifié les conditions de WhatsApp Business pour en exclure les assistants IA tiers, un changement entré en vigueur le 15 janvier 2026.
Bruxelles a ouvert une enquête en décembre, puis notifié ses griefs en février 2026. Meta a bien proposé un accès payant en mars, puis une gratuité limitée à un mois en mai : deux offres rejetées, jugées équivalentes au blocage initial.
Ce que ça change pour les entreprises
L’enjeu est très concret. Des millions de TPE, commerçants et grandes marques gèrent leur relation client via l’interface professionnelle de WhatsApp.
Avec cette réouverture, ils pourront de nouveau y brancher l’assistant IA de leur choix pour automatiser réponses et commandes, et non plus le seul Meta AI imposé par la maison mère.
Meta dénonce un « excès réglementaire »
Le groupe américain conteste fermement et annonce qu’il fera appel. Selon lui, la Commission offre à « OpenAI et à certaines des plus grandes entreprises du monde » un produit payant, WhatsApp Business, de façon gratuite.
Meta affirme aussi que l’API de sa messagerie n’est pas un canal de distribution incontournable pour les chatbots. Un argument que Bruxelles balaie, estimant que WhatsApp reste « un point d’entrée clé » vers les consommateurs européens.
La menace financière est lourde. Si l’infraction est confirmée sur le fond, l’amende peut atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial du groupe.
Un test pour l’IA européenne
Derrière la bataille technique se joue un enjeu de souveraineté. La plainte émane de trois acteurs : l’américain The Interaction Company, éditeur de l’assistant Poke, un rival espagnol et, surtout, la start-up française Agentik.
Pour ces petits acteurs, l’accès à WhatsApp, utilisé par des centaines de millions d’Européens, conditionne leur capacité même à exister face aux géants. L’Europe accuse d’ailleurs un retard récurrent sur le déploiement des dernières IA, comme l’a illustré l’arrivée différée de l’agent IA de Google.
L’Union, qui vient d’alléger son AI Act, cherche désormais à donner de l’air à ses propres champions.
Pour les particuliers, le choix d’un assistant reste entier entre les ténors du marché : notre comparatif détaille quel assistant IA choisir entre ChatGPT, Gemini et Claude.