Le pape Léon XIV a présenté lundi 25 mai au Vatican sa première encyclique, intitulée Magnifica Humanitas. Un texte de 235 pages entièrement consacré à l’intelligence artificielle, signé le 15 mai pour les 135 ans de Rerum Novarum. Le souverain pontife appelle à « désarmer » l’IA et fustige la concentration du pouvoir entre « les mains de quelques-uns ».
La date n’a rien d’anodin. En signant son premier texte doctrinal majeur le 15 mai 2026, Léon XIV reprend exactement la date où Léon XIII publiait Rerum Novarum en 1891, l’encyclique fondatrice sur la condition ouvrière. Cent trente-cinq ans plus tard, le Vatican choisit de placer la révolution algorithmique sur le même plan que la révolution industrielle.
Cinq chapitres, 245 paragraphes : un texte massif sur l’IA
Magnifica Humanitas développe ses arguments sur près de 45 000 mots, répartis en cinq chapitres et 245 paragraphes. Le pape y soutient une position d’équilibre : la technologie n’est ni « une force hostile à l’humanité », ni « intrinsèquement mauvaise ». Elle prend simplement « les caractéristiques de ceux qui la conçoivent, la financent, la régulent et l’utilisent », selon le texte officiel diffusé par le Saint-Siège.
L’encyclique s’inscrit dans la continuité de Rerum Novarum et de Laudato Si’, le texte écologique du pape François en 2015. Cette fois, le sujet central est l’algorithme. Le souverain pontife adresse un message direct aux acteurs du secteur : les modèles d’IA actuels concentrent un pouvoir économique, scientifique et politique entre les mains de quelques entreprises, principalement américaines. Léon XIV y voit un risque démocratique majeur.
Armes autonomes, algorithmes biaisés : ce que dénonce le pape
Le pape consacre des passages très précis aux « systèmes d’armes de plus en plus autonomes, pratiquement hors de portée de tout contrôle humain ». Une mention qui vise les programmes militaires développant drones et munitions rôdeuses capables de cibler grâce à des modèles de vision par ordinateur, sans validation humaine.
L’encyclique épingle aussi les algorithmes utilisés dans la santé, l’emploi et la sécurité publique. Léon XIV évoque ces systèmes qui peuvent « bloquer l’accès aux soins, à l’emploi et à la sécurité sur la base de données entachées de préjugés et d’injustices ». Le texte appelle à des « cadres juridiques robustes, une supervision indépendante et des utilisateurs informés ».
Enfin, le pape pointe l’impact environnemental de l’IA : l’extraction des terres rares nécessaires aux composants et la consommation électrique des centres de données. Une passerelle discrète vers Laudato Si’, mais qui élargit la cible. Il ne s’agit plus seulement de réguler les usages, mais l’ensemble de la chaîne industrielle.
Chris Olah (Anthropic) au Vatican, un signal envoyé à la Silicon Valley
Le détail qui a marqué la cérémonie : Léon XIV est devenu lundi le premier pape à présenter en personne une encyclique au monde. Il l’a fait aux côtés de Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, le concurrent direct d’OpenAI basé à San Francisco. Une scène inédite dans l’histoire pontificale.
Dans son intervention, Chris Olah a réclamé « des critiques informés qui diront aux laboratoires quand nous échouons » et « des voix morales que les incitations économiques ne pourront pas faire plier ». Léon XIV lui a répondu publiquement : « Quel grand signe d’espoir que nous puissions, malgré nos différences, nous écouter mutuellement ».
Anthropic est l’entreprise derrière Claude, un assistant utilisé par des millions de professionnels. Le choix du Vatican d’associer un de ses fondateurs à la sortie du texte envoie un message ciblé : Anthropic est perçue, à Rome, comme le laboratoire le plus enclin au dialogue éthique parmi les géants américains. Le sujet rejoint les batailles politiques en cours aux États-Unis, où le décret IA signé par Donald Trump et infléchi par Musk et Zuckerberg fait monter la pression sur les régulateurs.
Au-delà du symbole, l’encyclique va peser sur les négociations en cours autour de l’AI Act européen et des futures lois nationales. La voix du Vatican porte sur plus de 1,4 milliard de catholiques et reste écoutée par les chancelleries. Magnifica Humanitas s’ajoute aux rares textes structurants à offrir un cadre moral mondialisé pour la révolution IA en cours.
À retenir
- Léon XIV a présenté Magnifica Humanitas le 25 mai 2026 au Vatican.
- L’encyclique compte 235 pages, cinq chapitres et 245 paragraphes.
- Chris Olah, cofondateur d’Anthropic, accompagnait le pape pour la présentation.
