Canal+ ne travaillera plus avec les signataires anti-Bolloré

Stéphane Larue
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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Maxime Saada, directeur général du groupe Canal+, a tranché à Cannes : la chaîne ne travaillera plus avec les 600 professionnels du cinéma signataires de la tribune « Zapper Bolloré ». Une déclaration au vitriol rapportée par Le Film français qui a immédiatement électrisé la Croisette.

Les mots sont sans ambiguïté. Maxime Saada a déclaré, selon Le Film français : « Je ne souhaite plus que Canal+ travaille avec les signataires de cette tribune. Si certains en viennent à qualifier Canal+ de ‘crypto-fasciste’, alors je ne peux pas accepter de collaborer avec eux.» Une rupture publique, assumée, qui frappe de plein fouet plusieurs centaines de réalisateurs, acteurs, producteurs et techniciens.

Cette déclaration intervient une semaine après la publication, lundi 11 mai dans Libération, d’une tribune signée par quelque 600 professionnels du septième art. Sous la bannière du collectif « Zapper Bolloré », des noms aussi emblématiques que Juliette Binoche, Adèle Haenel, Swann Arlaud, Raymond Depardon ou Blanche Gardin avaient dénoncé l’emprise grandissante du milliardaire Vincent Bolloré sur la culture française.

Un levier financier massif brandit comme une arme

La portée de ces mots est considérable. Canal+, via le groupe Vivendi dont Vincent Bolloré est l’actionnaire de référence, est le premier financeur privé du cinéma français. Sur la période 2025–2027, la chaîne s’est engagée à y investir au moins 480 millions d’euros. Pour des dizaines de producteurs et réalisateurs, il est aujourd’hui presque impossible de monter un film sans le soutien du groupe.

Les signataires eux-mêmes l’avaient admis sans détour dans leur texte : « Nous dépendons aujourd’hui, à des degrés divers, pour nos projets autant que nos salaires, de l’argent de Vincent Bolloré.» C’est précisément cette dépendance que Maxime Saada transforme désormais en instrument de pression.

En octobre 2025, Canal+ avait acquis 34 % du capital d’UGC, troisième réseau de salles de cinéma français, avec l’objectif d’atteindre 100 % des parts d’ici à 2028. Cette concentration verticale — du financement à l’exploitation en salle en passant par la diffusion — avait déclenché l’alarme dans tout le secteur.

La Croisette sous haute tension

La déclaration de Maxime Saada tombe en pleine 79e édition du Festival de Cannes, vitrine mondiale du cinéma d’auteur. Plusieurs signataires de la tribune sont présents sur la Croisette, ce qui confère à l’affaire une résonance internationale immédiate. Les milieux culturels français retiennent leur souffle.

La fronde du cinéma s’inscrit dans un mouvement plus vaste. Quelques semaines plus tôt, des centaines de professionnels de l’édition avaient protesté contre l’éviction d’Olivier Nora, PDG de Grasset, remplacé par un proche du milliardaire. Dans un contexte économique déjà fragilisé, la déclaration de Saada pose une question brutale : peut-on critiquer son financeur sans en payer le prix ?

Les organisations professionnelles du cinéma ont d’ores et déjà demandé des éclaircissements, certains juristes évoquant un possible conflit avec les obligations légales d’investissement encadrées par la loi. La controverse devrait dominer les prochains jours du festival, et bien au-delà.

À retenir

  • Maxime Saada (Canal+) déclare ne plus vouloir travailler avec les signataires de la tribune anti-Bolloré, en réaction au terme « crypto-fasciste »
  • La tribune, publiée le 11 mai dans Libération, réunit 600 professionnels dont Juliette Binoche, Adèle Haenel et Raymond Depardon
  • Canal+ s’est engagé à investir 480 millions d’euros dans le cinéma français sur 2025–2027 — une position de force que Saada assume désormais publiquement

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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.