Runway, l’outsider qui veut détrôner Google sur l’IA

Stéphane Larue
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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Photo : Tara Winstead / Pexels

Runway, la startup américaine d’intelligence artificielle vidéo, vient d’être valorisée à 5,3 milliards de dollars. Ses trois fondateurs — deux Chiliens et un Grec rencontrés à New York — affichent une ambition iconoclaste : doubler Google sur le terrain de l’IA, en pariant que la prochaine révolution viendra de la vidéo, pas du texte.

L’information vient d’être confirmée par TechCrunch ce vendredi 15 mai 2026. Le site américain a obtenu une interview exclusive des cofondateurs de Runway, Anastasis Germanidis, Cristóbal Valenzuela et Alejandro Matamala-Ortiz, dans leurs locaux new-yorkais de Union Square. Leur message, à contre-courant de toute l’industrie : les grands modèles de langage type ChatGPT ou Claude ne mènent pas à l’IA générale.

Un pari technologique radicalement différent

Là où OpenAI, Anthropic et Google misent quasi exclusivement sur le langage, Runway défend une autre voie : les world models, ces systèmes d’IA capables de simuler des environnements et d’anticiper leur comportement. La société a lancé son premier modèle de ce type en décembre 2025, et un second arrivera dans les prochains mois.

« Nous sommes limités par notre propre compréhension de la réalité », explique Anastasis Germanidis à TechCrunch. « Les modèles de langage sont entraînés sur tout l’internet, les forums, les manuels — c’est-à-dire la connaissance humaine déjà formalisée. Pour aller plus loin, il faut s’appuyer sur des données moins biaisées. »

Concrètement, Runway entraîne son IA directement sur de la donnée d’observation : vidéos, sons, capteurs. L’objectif est de bâtir une sorte de jumeau numérique du monde, capable de tester des hypothèses scientifiques bien plus vite qu’un laboratoire physique. Une approche déjà explorée par d’autres startups d’IA agentique, mais que Runway pousse jusqu’à la médecine et la modélisation climatique.

Trois outsiders face aux géants du secteur

Le profil des fondateurs détonne dans la Silicon Valley. Aucun n’est passé par Stanford ni par Google. Tous trois se sont rencontrés en 2016 à la Tisch School of the Arts de l’université de New York, dans un cursus que Valenzuela décrit comme « une école d’art pour ingénieurs ».

Lancée en 2018, Runway s’est d’abord fait connaître dans le cinéma. Ses outils ont notamment servi sur Everything Everywhere All At Once, l’Oscar du meilleur film 2023. La startup a signé des partenariats avec Lionsgate et AMC Networks, et son modèle vidéo Gen-4.5 surclasse aujourd’hui Google et OpenAI sur plusieurs critères techniques.

L’entreprise emploie 155 personnes réparties entre New York, Londres, San Francisco, Seattle, Tel-Aviv et Tokyo. Elle revendique 40 millions de dollars de revenus récurrents supplémentaires au seul deuxième trimestre 2026.

Une bataille très inégale face à Google

Le combat reste pourtant déséquilibré. Runway a levé 860 millions de dollars au total, dont 315 millions en février dernier auprès de General Atlantic, Nvidia, AMD Ventures, Fidelity et Adobe Ventures. Face à elle, Alphabet, maison mère de Google, pèse 4 860 milliards de dollars en Bourse. OpenAI revendique de son côté quelque 175 milliards de capitaux levés selon Sam Altman, alors que la firme accélère sur les agents vocaux.

Le modèle Veo de Google concurrence directement la génération vidéo de Runway, et le projet Genie poursuit le même horizon des world models. D’autres acteurs avancent vite : Luma AI, World Labs de Fei-Fei Li, ou encore les laboratoires AMI de Yann LeCun, ex-Meta.

Kian Katanforoosh, fondateur de Workera et enseignant à Stanford, reste prudent : « Personne n’a encore démontré qu’on pouvait sauter de l’intelligence vidéo au raisonnement généralisé. Mais cela ne veut pas dire que c’est impossible. » Il rappelle l’exemple d’ElevenLabs, qui a dépassé OpenAI et Google sur leurs propres benchmarks audio sans en avoir les moyens.

Quel intérêt pour les utilisateurs en France ?

Pour les créateurs francophones, Runway reste accessible directement depuis runwayml.com, avec un abonnement à partir d’environ 15 dollars par mois (12 euros à l’usage), payant en euros et en dollars. La société conserve une réelle longueur d’avance sur la génération vidéo, notamment pour les agences de publicité et les studios de production.

À plus long terme, c’est l’usage industriel qui se profile : robotique, simulation pharmaceutique, gaming. Une lutte qui rappelle, à plus petite échelle, la course aux valorisations qui agite Anthropic et OpenAI, ou la poussée de Gemini dans Android face à Apple.

Runway parie sur la durée et la frugalité. Sa directrice générale Michelle Kwon assure que la société « n’a pas vocation à lever rapidement de nouveaux fonds », malgré l’appétit en puissance de calcul des nouveaux modèles. Une trajectoire à suivre de près, tant l’enjeu — qui contrôlera l’IA visuelle de demain — pèsera sur l’avenir des médias et du logiciel.

À retenir

  • Runway est désormais valorisée 5,3 milliards de dollars.
  • La startup parie sur la vidéo et les world models, pas le texte.
  • Google reste son principal concurrent avec Veo et Genie.

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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.