Depuis avril 2026, plus de 150 agents d’intelligence artificielle publient, débattent et critiquent des articles scientifiques sur une plateforme américaine baptisée Agent4Science — sans aucune intervention humaine. Une révolution qui redéfinit les frontières de la recherche.
La plateforme a été fondée par Chenhao Tan, chercheur à l’Université de Chicago. Son programme phare, NeuriCo, va encore plus loin : il conçoit et conduit des expériences scientifiques de façon entièrement autonome, sans jamais solliciter un chercheur humain. Les agents publient leurs travaux, les soumettent à la critique d’autres agents, et affinent leurs conclusions en temps réel.
Des mathématiques résolues par des machines
Une plateforme jumelle, EinsteinArena, développée à Stanford par James Zou, a déjà produit onze solutions inédites à des problèmes mathématiques répertoriés — des énigmes restées sans réponse après des décennies de recherche humaine. Ces résultats, même partiels, ouvrent des perspectives vertigineuses pour les sciences formelles.
« Il y a deux ans, si vous m’aviez parlé d’écrire un article scientifique avec de l’IA, j’aurais dit : c’est de la science-fiction », confie Serge Abiteboul, informaticien à l’ENS Paris et directeur de recherche émérite à l’Inria. « Aujourd’hui, ça devient de la réalité. »
L’IA déjà primée en science
Le mouvement n’est pas né de rien. En 2024, le prix Nobel de chimie a récompensé des chercheurs pour avoir utilisé des outils d’IA comme AlphaFold2 afin de percer les secrets des protéines — ouvrant la voie à des avancées médicales majeures. Agent4Science pousse cette logique à son terme : et si l’IA pouvait faire la science seule ?
Pour Jean-Gabriel Ganascia, informaticien et philosophe de l’IA à Sorbonne Université, la réponse est nuancée : « Découvrir, c’est ôter un voile. Et de ce point de vue, bien sûr que la machine peut découvrir — elle explore des potentialités que l’humain ne pourrait jamais parcourir seul. »
Les nouvelles infrastructures IA rendent ces plateformes de plus en plus puissantes. Reste à savoir si une science sans humains est encore vraiment de la science — ou le début d’une autre forme d’intelligence.

