Le président du CNC a annoncé ce 8 avril 2026 la suspension des travaux de la commission du Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales. En cause : une polémique qui a dégénéré en menaces directes contre les membres de la commission et des agents de l’institution.
C’est une décision sans précédent pour le Centre national du cinéma et de l’image animée. Dans un communiqué publié aujourd’hui, son président annonce que la commission ne peut plus « délibérer sereinement » sur les projets qui lui ont été soumis.
Les travaux sont donc suspendus jusqu’à nouvel ordre.
Tout est parti d’un live Twitch
Le 25 mars, la streameuse Ultia (Carla Giardina) avait révélé en direct sa récente nomination au jury du fonds. Elle y avait déclaré, sans filtre, qu’elle refuserait les projets portés par des créateurs d’extrême droite et qu’elle soutiendrait ceux de ses amis proches si leurs dossiers lui étaient présentés.
Le CNC avait réagi le lendemain, mettant fin à ses fonctions « avec effet immédiat » — avant même qu’elle n’ait siégé une seule fois.
Mais la révocation n’a pas éteint la polémique. Elle l’a au contraire amplifiée.
Une polémique qui n’a cessé de croître
Depuis le 26 mars, la controverse a pris une ampleur inattendue sur les réseaux sociaux et dans certains médias. Elle a notamment ciblé des projets financés par l’ancien fonds CNC Talent — programme abrogé en juin 2025 et remplacé par le nouveau dispositif.
Selon le président du CNC, cette polémique « néglige un certain nombre de faits » et a atteint « un niveau d’agressivité inédit ». Des membres de la commission ont reçu des menaces directes. Des agents du CNC également.
C’est cette escalade qui a conduit à la décision de suspendre les travaux.
Un fonds de 3 millions d’euros en attente
Le Fonds d’aide à la création pour les plateformes sociales, entré en vigueur le 1er janvier 2026, dispose d’une enveloppe de 3 millions d’euros par an. Il couvre quatre types d’aides — émergence, développement, production, opérations collectives — pour les créateurs diffusant sur YouTube, TikTok, Instagram, Twitch ou Snapchat.
Des dossiers avaient déjà été déposés. Ils sont désormais en suspens, sans calendrier de reprise annoncé.
La commission est présidée par François Descraques, créateur de la web-série Le Visiteur du futur. C’est en accord avec l’ensemble de ses membres que la suspension a été décidée.
Une question de gouvernance qui reste entière
L’affaire révèle une tension profonde entre deux réalités. D’un côté, une institution publique qui distribue de l’argent issu de taxes prélevées sur les abonnements TV et les places de cinéma. De l’autre, un écosystème numérique habitué à l’immédiateté, à la polémique virale et à une culture de l’interpellation directe.
La question de la composition des commissions, de l’anonymisation des dossiers et de la transparence des critères d’attribution reste ouverte. Elle n’a pas disparu avec la suspension. Elle attend désormais une réponse institutionnelle à la hauteur de la crise.
Sur ce dossier, l’éviction d’Ultia de la commission du CNC reste le point de départ d’une crise qui aura exposé les fragilités structurelles du système d’aide à la création numérique en France.
Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour du financement public de la culture. La commission d’enquête sur l’audiovisuel public a elle aussi mis en évidence des désaccords profonds sur l’usage de l’argent public dans le secteur des médias. La dénonciation par l’AJSPI d’une audition sans journalistes témoigne d’un même mouvement de défiance envers les institutions culturelles et médiatiques.
La prochaine étape pour le CNC sera de définir les conditions permettant à la commission de reprendre ses travaux — avec, sans doute, de nouvelles garanties sur la neutralité et la sécurité de ses membres.








