Détroit d’Ormuz : la France prête à aider les États-Unis, mais pose ses conditions
Six pays, dont la France, se sont déclarés « prêts à contribuer » à la sécurisation du détroit d’Ormuz, paralysé depuis le début de la guerre en Iran fin février. Mais Paris refuse de s’engager tant que les missiles et les drones continuent de voler. Un positionnement entre solidarité atlantique et prudence diplomatique qui illustre le dilemme européen face à l’escalade au Moyen-Orient.
Tout a commencé par un tweet menaçant de Donald Trump, le 14 mars. Le président américain a exhorté ses alliés — France, Royaume-Uni, Allemagne, Japon en tête — à envoyer des navires de guerre pour sécuriser le détroit par lequel transitait, en temps normal, 20 % du pétrole mondial. Un passage désormais quasi à l’arrêt depuis le lancement des opérations militaires américano-israéliennes contre l’Iran le 28 février.
Macron dit non… dans un premier temps
La réponse d’Emmanuel Macron est tombée dès le 17 mars, sèche et claire : la France ne participera pas à la sécurisation du détroit d’Ormuz « dans le contexte actuel » de la guerre en Iran. Une fin de non-recevoir adressée directement à Washington, alors que les frappes croisées entre Israël et l’Iran venaient de toucher des infrastructures gazières majeures au Qatar et en Iran même.
Derrière ce refus, un calcul à la fois sécuritaire et politique. Envoyer des bâtiments français dans une zone où drones et missiles continuent de pleuvoir exposerait les marins à un risque jugé inacceptable par l’état-major. Sur le plan diplomatique, Paris ne souhaitait pas apparaître comme le supplétif d’une guerre qu’il n’avait ni décidée ni approuvée.
Six pays posent une condition non négociable
Le ton a changé mercredi 19 mars. Dans une déclaration conjointe, la France, le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Japon ont annoncé être « prêts à contribuer » à la réouverture du détroit. À une condition, qualifiée de non négociable : un cessez-le-feu complet et un « moratoire immédiat sur les attaques visant les infrastructures civiles, y compris les installations pétrolières et gazières ».
Le ministre français des Finances, Roland Lescure, a résumé la position de Paris avec une formule limpide : la France est disposée à agir pour libérer le détroit d’Ormuz, à condition que la situation ne relève plus d’un théâtre de guerre. Personne ne veut traverser cette zone sous la menace de missiles ou de drones.
Un enjeu économique mondial
L’urgence n’est pas que géopolitique. Le blocage du détroit d’Ormuz a des répercussions directes sur l’économie mondiale. Les cours du pétrole et du gaz se sont envolés, provoquant une onde de choc sur les prix de l’énergie en Europe — avec une hausse de 35 % du gaz jeudi. Les assureurs maritimes ont renchéri leurs primes à des niveaux records, rendant le transit commercial quasi impossible sans escorte militaire.
Pour l’Europe, l’équation est simple mais douloureuse : chaque jour de blocage aggrave la facture énergétique et rapproche le spectre d’une récession. Mais intervenir militairement sans garantie de cessez-le-feu reviendrait à plonger dans un conflit dont les contours restent flous et les risques, immenses.
Et maintenant ?
La balle est dans le camp américain. Washington doit décider si les conditions posées par ses alliés européens sont acceptables — ce qui supposerait une désescalade militaire que ni Trump ni Netanyahou ne semblent envisager à court terme. En attendant, la Marine nationale française maintient sa présence habituelle dans l’océan Indien, prête à monter en puissance si le feu vert politique est donné.
