Compléments minceur : l’ANSES tire la sonnette d’alarme

Stéphane Larue
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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure...
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Un Français sur quatre consomme régulièrement des compléments alimentaires, souvent pour perdre du poids. Mais ces produits en vente libre dans les pharmacies et sur internet peuvent provoquer des effets indésirables graves, parfois insoupçonnés. L’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) renouvelle ses mises en garde et invite à la plus grande vigilance.

Chaque année, l’ANSES reçoit plusieurs centaines de signalements d’effets indésirables liés à des compléments alimentaires. En 2024, l’agence a enregistré environ 500 cas, dont une vingtaine suffisamment préoccupants pour déclencher des alertes officielles. Parmi les produits les plus signalés figurent les compléments minceur, dont certains contiennent des plantes au profil toxicologique mal évalué.

Le cas le plus documenté reste celui de la Garcinia cambogia, un extrait de fruit tropical largement commercialisé comme coupe-faim naturel. Des effets indésirables sérieux ont été rapportés : hépatites aiguës ayant conduit à des hospitalisations, troubles cardiovasculaires, manifestations psychiatriques et complications digestives. Dans de rares situations, des patients ont nécessité une transplantation hépatique.

Les risques ne se limitent pas à un seul ingrédient. L’ANSES recense plusieurs catégories de dangers potentiels.

Interactions médicamenteuses et surdosages

Les interactions médicamenteuses constituent la première source de complications. Certains extraits végétaux entrent en conflit avec des traitements courants : antidépresseurs, anticoagulants, antidiabétiques ou médicaments cardiovasculaires.

Le résultat peut être une potentialisation des effets du médicament ou, au contraire, une réduction de son efficacité. Un phénomène d’autant plus dangereux que peu de patients signalent spontanément à leur médecin la prise de compléments alimentaires.

Le surdosage involontaire est une autre réalité fréquente. Les consommateurs cumulent parfois plusieurs compléments dont les formulations contiennent les mêmes actifs — zinc, vitamine B6, fer — atteignant sans le savoir des doses toxiques. Or les compléments alimentaires ne font pas l’objet de la même procédure d’autorisation ni des mêmes contrôles de sécurité que les médicaments avant leur mise sur le marché.

Produits vendus sur internet : un risque supplémentaire

Les produits importés hors Union européenne présentent un niveau de risque encore supérieur. La DGCCRF relève régulièrement des fraudes dans ce segment : substances non déclarées, principes actifs pharmaceutiques utilisés à des doses non conformes, parfois des stimulants cardiaques ou des agents amaigrissants interdits en Europe.

Un produit affiché à prix cassé sur une marketplace ne garantit aucune conformité aux normes européennes en vigueur. La chaîne de contrôle est souvent inexistante.

À qui les compléments s’adressent-ils vraiment ?

L’ANSES est formelle : la grande majorité de la population n’a pas besoin de se supplémenter si son alimentation est équilibrée.

Seules quelques catégories précises présentent un besoin réel et documenté : les femmes enceintes (acide folique), les personnes âgées (vitamine D), et les végétaliens stricts (vitamine B12, fer, oméga-3). En dehors de ces situations, une supplémentation systématique n’apporte aucun bénéfice prouvé et expose inutilement à des risques.

Concernant la perte de poids, aucun complément alimentaire actuellement commercialisé en France ne présente une efficacité cliniquement démontrée sur la réduction durable du poids corporel. Les allégations de type « brûle-graisses » ou « coupe-faim naturel » ne sont reconnues par aucune autorité de santé européenne.

Que faire en cas d’effet indésirable ?

Avant toute prise de complément alimentaire, l’ANSES recommande d’en parler à un médecin ou un pharmacien. C’est particulièrement important pour les personnes sous traitement médicamenteux, les femmes enceintes ou allaitantes, et celles souffrant d’une pathologie chronique.

En cas d’effet indésirable suspecté, il est possible de le signaler directement via le dispositif de nutrivigilance de l’ANSES. Ce signalement contribue à la surveillance du marché et peut déclencher des alertes préventives pour l’ensemble des consommateurs.

Les compléments alimentaires ne sont pas anodins parce qu’ils sont « naturels ». Avant de céder aux promesses d’une silhouette affinée sans effort, mieux vaut consulter son professionnel de santé.

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Stéphane Larue est journaliste et éditeur indépendant spécialisé dans l actualité des médias, du divertissement et de la culture numérique. Fondateur du site stephanelarue.com, il assure une veille quotidienne sur les sujets d information générale, en s appuyant sur les sources officielles et les communiqués de presse. Il publie également des analyses, des interviews et des sélections éditoriales à destination d un large public.