La passe d’armes entre Charles Alloncle et Samuel Étienne ne faiblit pas. Après leurs échanges en commission sur l’audiovisuel public, les deux hommes ont poursuivi leur confrontation sur la plateforme X, alimentant un débat virulent sur l’avenir du service public audiovisuel français.
Le torchon brûle entre le député UDR Charles Alloncle, rapporteur de la commission d’enquête parlementaire sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, et le journaliste-animateur Samuel Etienne. Quelques jours après une audition houleuse à l’Assemblée nationale le 24 février, les deux hommes s’affrontent désormais publiquement sur X (ex-Twitter), chacun accusant l’autre de déformer la réalité.
Une audition sous haute tension
Tout a commencé le 24 février dernier, lorsque Samuel Etienne a été auditionné aux côtés du journaliste Hugo Clément par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. L’audition avait rapidement pris un tour conflictuel, Charles Alloncle reprochant à celui qu’il décrit comme une « figure qui incarne l’audiovisuel public » de multiplier les prises de position partisanes sur sa chaîne Twitch, notamment contre le Rassemblement national. Samuel Etienne avait assumé ses propos, qualifiant le RN de « parti d’extrême droite » et rappelant que le parti du rapporteur, l’UDR, en était un allié.
L’audition avait également mis en lumière les conditions financières de la rupture conventionnelle entre Samuel Etienne et France Télévisions. L’animateur, qui percevrait 40 000 euros mensuels pour la présentation de Questions pour un champion sur France 3, avait refusé de dévoiler le montant de ses indemnités de départ, qualifiées de « plusieurs centaines de milliers d’euros » par le rapporteur. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, avait quant à lui évoqué un possible « salariat déguisé », s’interrogeant sur le montage contractuel qui permet à l’animateur de continuer à présenter l’émission via la société de production Fremantle.
Alloncle relance les hostilités sur X
Le 25 février, Charles Alloncle a publié deux tweets particulièrement offensifs dans lesquels il résumait ce qu’il présente comme les « aveux » de Samuel Etienne devant la commission. Le député y soulignait trois points : le financement public dont aurait bénéficié la chaîne Twitch de l’animateur via une trentaine de sponsorisations par France Télévisions, le versement d’indemnités de départ importantes payées par le contribuable après sa rupture conventionnelle, et le fait que Samuel Etienne ait continué à présenter Questions pour un champion malgré ce départ et ces indemnités. Des tweets qui ont cumulé plus d’un million de vues et déclenché une vague de réactions sur les réseaux sociaux.
Samuel Etienne dénonce du « harcèlement » et de la « désinformation »
La réponse de Samuel Etienne ne s’est pas fait attendre. Dans un long message adressé directement au député sur X, le journaliste a dénoncé les conséquences des tweets du parlementaire, affirmant avoir reçu sur ses réseaux sociaux « de très nombreux messages de harcèlement, d’insultes et de menaces ». Il accuse Charles Alloncle d’avoir utilisé son « autorité de représentant de la République » pour encourager la diffusion de « fausses informations, analyses biaisées et propos militants ».
Pour étayer sa défense, Samuel Etienne a réalisé un live sur sa chaîne Twitch spécifiquement consacré au démenti des affirmations du rapporteur, dont il a partagé le replay sur YouTube. Il y demande au député de « retirer ou corriger » ses tweets, de « s’excuser pour avoir participé à une entreprise de désinformation » et appelle à « cesser d’abîmer le travail de cette commission en le détournant à des fins militantes et partisanes ».
🎥 Voir la réponse vidéo de Samuel Etienne sur YouTube
Alloncle réplique : « Les Français ne veulent plus payer pour ça »
Loin de reculer, Charles Alloncle a directement répondu au tweet de Samuel Etienne en citant son message. Le député a réitéré ce qu’il qualifie de « rappels de vos aveux devant notre commission d’enquête », insistant sur trois points : le financement par France Télévisions de la chaîne Twitch de l’animateur via la sponsorisation d’une trentaine d’émissions, les indemnités de départ « de plusieurs centaines de milliers d’euros payées par le contribuable » suite à sa rupture conventionnelle avec France TV, et le fait que Samuel Etienne ait continué à présenter Questions pour un champion malgré ce départ et ces indemnités perçues.
« Gardez vos pressions, vos injonctions et vos demandes d’excuses. Les Français ne veulent plus payer pour ça. »— Charles Alloncle (@CHAlloncle), en réponse à Samuel Etienne sur X
Une fin de non-recevoir sans ambiguïté, qui referme toute possibilité de dialogue entre les deux hommes et confirme l’escalade du conflit entre le rapporteur de la commission et l’une des figures les plus populaires de l’audiovisuel public français.
Une commission d’enquête sous le feu des critiques
Cet affrontement s’inscrit dans un contexte plus large de tensions autour de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public. En février, une tribune signée par 350 personnalités publiée dans Le Monde dénonçait déjà les « méthodes inquisitoriales » de Charles Alloncle et appelait à un changement de rapporteur. Plusieurs personnalités auditionnées, dont Roselyne Bachelot et Michel Drucker, ont critiqué le « ton inquisiteur » des auditions.
De son côté, Charles Alloncle dénonce régulièrement une « omerta » des grands médias autour des révélations de la commission, affirmant que les vidéos de ses travaux cumulent des millions de vues sur les réseaux sociaux tandis que la presse traditionnelle préfère le « dénigrement à l’information ».
Cet échange virulent illustre la fracture grandissante entre, d’un côté, des parlementaires qui entendent mettre en lumière ce qu’ils considèrent comme des dysfonctionnements et des privilèges au sein de l’audiovisuel public et, de l’autre, des professionnels du secteur qui dénoncent une instrumentalisation politique de la commission à des fins partisanes. Une chose est certaine : la polémique ne semble pas près de s’éteindre.
